Hélène B.

Armitière -Rouen

Douces déroutes

Sabine Wespieser Éditeur

19,00
par (Librairie L'Armitière)
23 avril 2018

"Après le majestueux "Bain de lune" (Prix Fémina 2014), Yanick Lahens nous offre un nouveau roman intitulé "Douces Déroutes", un titre intrigant, ambivalent qui nous emporte aux confins de la beauté et de la force.
Ambiguïté fascinante, failles déroutantes et séduisantes d’Haïti, - "la à jamais foutue mais qu’on arrive pas à achever" - et, tant mieux, parce que par la plume talentueuse de son auteure, elle même haïtienne , elle nous entraîne au plus près de l’ile, sans atermoiements ni masque. Vérité «crasse»,essence viscérale, mots vitaux. La littérature que l’on étreint, une musique qui entête, un refrain comme un écho en chacun d’entre nous. Pas
d’accommodement, aucune concession. Un regard juste,acéré, aiguisé et tendre.
Le roman débute par une lettre d’aurevoir du juge Raymond Berthier à son épouse, préfigurant sa mort prochaine. Il sait qu’elle est imminente. Il ne s’est jamais plié face à la corruption ambiante. Il va le payer de sa vie.
Cet évènement terrible est un tremplin inaugural qui permet à Yanick Lahens de nous plonger sans tarder au cœur de Port-au-Prince - « cette ville est une étrange géhenne. Où le feu ne peut pas être complètement feu » - en compagnie de celles, ceux qui ont compté ou approché de près ou de loin l’intègre juge Berthier.
Se tenir au chaud les uns contre les autres, s’écouter, se parler, se regarder, s’apprécier, se respecter, c’est ce que sous-tend l’écriture de Y. Lahens qui passe du « il » au « je " dans les différents chapitres ponctués de citations poétiques, d’œuvres musicales, souffle romanesque de l’Universalité et profonde affection pour un pays, son peuple.
« Ici, il faut tout prendre. Marcher sur des braises, l’incandescence dans les yeux, la tête dans des nuages, de merveilleux nuages. Oui, il faut prendre le feu et les nuages. L’ombre et la lumière. »
Pas à choisir entre fiel et miel. La nature humaine est cette douce alliance. « La terre s’embrase. L’amour, vite. La vie, vite. La vie quand même".

Trois jours chez ma tante
par (Librairie L'Armitière)
18 septembre 2017

Marcello Martini réalise un court séjour en France. Il vient du Liberia où il dirige un foyer de jeunes enfants africains « abandonnés », une école , prend soin d'eux, enfin, à priori.
Il visite sa riche tante qui réside dans une institution prestigieuse pour personnes âgées. Elle a souhaité, exigé qu'il revienne. Marcello le fait. Trois jours, pas un de plus pour faire en sorte qu'elle continue à alimenter son compte en banque alors qu'elle menace de suspendre tous versements.Pas le choix, pas d'autres alternatives, la menace est prégnante, présence fantomatique qui sous tend toutes actions, tous comportements des personnages de ce roman noir.
Il y a ce qui est dit et surtout ce qui ne l'est pas, ces mensonges en suspens, ces souvenirs qui dérangent, ce travestissement de la réalité. Qu'est ce qui est juste ?
L'on ne rentre pas en dilettante dans l’œuvre d'Yves Ravey, l'on y pénètre plutôt avec prudence, délicatesse, respect pour une écriture exigeante, pointilleuse où chaque pensée est contrecarrée par une autre, où chaque direction est empêchée par un sens de circulation balisé, l'air de rien, de main de maître. Linéarité, simplicité vous dites ? : Le piège a fonctionné, vous êtes tombé dedans !
Le temps est l 'allié précieux d'une décantation littéraire hors norme et, quand le voile sera tombé, vous prendrez la mesure de ce pouvoir immense de la littérature, il n'est pas ailleurs.

La tour abolie
22,90
par (Librairie L'Armitière)
24 août 2017

Sans conteste un de mes grands coups de cœur de cette rentrée !
Nous pénétrons au centre de la tour Magister à la Défense, 38 étages, stratifiés par classe sociale, le pouvoir, l'argent au sommet et, plus on descend, plus la misère se dévoile pour devenir terrassante jusqu'au -7 ( junkies, sans domicile fixe, sans papier...) Un panel de personnages très différents et attachants.
Quelle incroyable radioscopie de notre société et quel regard aiguisé, teinté d'un grand esprit critique et d'une intelligence sans borne.
Chapeau M. Mordillat !

Zabor ou Les psaumes
par (Librairie L'Armitière)
22 août 2017

Le jeune homme Zabor (nom arabe du livre des Psaumes) nous raconte sa jeunesse dans un village oriental "imaginaire" - Aboukir - cerné par le Sahara. Etranger à sa communauté, ennemi de la superstition omniprésente, il grandit auprès de sa tante (qui ne s'est jamais mariée) et possède un don insolite : lorsqu'il écrit, il repousse la mort !
Kamel Daoud nous offre un roman d'une force, d'une intelligence, érudition prégnantes où la bêtise des hommes est dénoncée, le droit des femmes défendu et surtout où la littérature est louée, vivante, vibrante, puissante, tellement plus éclairante que les livres tombés du ciel !
Vous avez dit "chef d'oeuvre" ? : Bien vu !

La chambre des époux
par (Librairie L'Armitière)
21 août 2017

Eric Reinhardt s'empare, il est vrai, d'un sujet difficile : la maladie d'un être cher, de sa "moitié". Mais, il s'en saisit avec audace et sensibilité.
L'Amour y tend au sublime et le couple est le siège de la force, de l'union indéfectible et de la victoire.
Que de passages saisissants et quelle construction romanesque originale !