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sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Ils s'aiment, Un siècle de photographies d'hommes amoureux 1850-1950

Un siècle de photographies d'hommes amoureux 1850-1950

Les Arènes

49,00
20 janvier 2021

Ils devaient se cacher, traités de fous, de déviants, de pervers, mais ils ont choisi, le temps d’une photographie, de se montrer au grand jour. Un cliché comme un tendre souvenir, comme la preuve de leur existence, comme la preuve de leur amour. Tendrement enlacés, sur une plage, dans un lit ou sur le pont d’un bateau, paysans, étudiants, soldats ou hommes d’affaires, sur le vif ou mis en scène par un photographe, ces hommes ont défié leur époque pour afficher leur amour.
Issues de l’immense collection du couple Treadwell-Nini, ces photos sépia, prises entre 1850 et 1950, racontent le passé, bien sûr, mais surtout la tendresse, la complicité, le bonheur, l’amour, autant de sentiments universels qui traversent les époques et le temps.
Ils s’aiment est un Beau livre dans tous les sens du terme. Un témoignage touchant et indispensable.

Plaintes

Le Livre de Poche

8,10
19 janvier 2021

À peine l’inspecteur Malcolm Fox du Bureau des Affaires et Plaintes internes a-t-il le temps de se réjouir d’avoir coincé un flic corrompu qu’il est envoyé sur un nouveau cas. Il s’agit de collecter des informations sur le sergent Jamie Breck, soupçonné de faire partie d’un réseau pédophile. Or, c’est justement ce policier qui est chargé de l’enquête sur le meurtre du compagnon violent de la sœur de Fox. L’occasion pour les deux hommes de se rapprocher et pour Fox de se faire une idée sur ce pédophile en puissance. Et l’inspecteur doute. Breck ne serait-il pas victime d’une machination ?

Retour à Edimbourg avec Ian Rankin mais sans Rebus, son flic fétiche. Ici, il nous présente Malcolm Fox, de la police des polices, un service ignoré du grand public et haï des autres policiers. L’homme est un solitaire, alcoolique repenti qui carbure au jus de tomates et affublé d’une sœur à la dérive et d’un père qui perd de plus en plus la mémoire. Voilà pour le personnage, flic pugnace, perspicace et non dénué d’humour. Et l’histoire ? Elle est complexe et brasse des sujets divers et variés, tels les réseaux pédophiles, la crise économique, les montages financiers, le marché pas toujours très clair de l’immobilier et, bien sûr, la corruption qui touche aussi bien les politiciens locaux que les policiers. Perdu dans ce maëlstrom, Fox fait preuve de clairvoyance et évite les manipulations. Très vite, il s’allie à son collègue Breck, malgré les accusations qui pèsent sur lui. Mais le duo dérange et finit mis à pied. Car, le chemin vers la vérité est difficile quand on ne sait pas à qui se fier, quand un simple collègue, voire un haut gradé, peuvent être à la solde de la pègre.
L’enquête est donc compliquée, alambiquée mais c’est du Rankin, donc c’est du bon polar, de l’excellent polar même. Et Edimbourg n’est pas étrangère à l’affaire. On aime toujours autant parcourir ses lieux historiques, ses ruelles sombres, ses routes encombrées par d’incessants travaux. Malcolm Fox n’a peut-être pas le charisme de John Rebus mais il ne demande qu’à faire ses preuves. On suivra avec intérêt et plaisir la suite de ses aventures.

Seins et oeufs / roman

Kawakami, Mieko

Actes Sud

6,50
14 janvier 2021

Trentenaire célibataire, Natsu vit à Tokyo une existence morne et routinière. C’est avec circonspection qu’elle s’apprête à recevoir chez elle sa sœur Makiko et sa nièce Midoriko. Venues d’Osaka pour passer quelques jours dans la capitale, mère et fille sont en froid. À presque quarante ans, Makiko élève seule sa fille adolescente depuis que son mari l’a quittée. Pour subvenir à leurs besoins, elle est hôtesse dans un bar louche. Son voyage a pour but de visiter des cliniques afin de subir une augmentation mammaire. Cette lubie incongrue a provoqué le mutisme de Midoriko qui ne communique plus que par l’intermédiaire d’un carnet dans lequel elle écrit aussi ses pensées. À charge pour Natsu de s’accommoder de ces deux personnalités qui s’opposent et, pourquoi pas, de les réconcilier.

Trois femmes à trois âges de la vie. Trois femmes confrontées à leur féminité, à leur corps, à leur solitude. Trois femmes à la recherche du bonheur.
Natsu aborde la trentaine et commence à penser à la vieillesse. Elle voit sa sœur, son aînée de dix ans, trop maigre, qui commence à se flétrir alors qu’à l’opposé, sa jeune nièce lui donne la nostalgie de rondeurs enfantines et de peau sans défauts. Makiko, à presque quarante ans, se retrouve obsédée par son corps vieillissant et sec. Elle est persuadée qu’en s’offrant une nouvelle paire de seins elle changera sa vie toute entière. Quant à Midoriko, l’éclat de sa jeunesse ne saurait cacher son mal-être. Son corps change, ses seins poussent, bientôt ses règles apparaîtront. Tout cela la désoriente et la dégoûte. Arbitre, malgré elle, de la crise que traversent la mère et la fille, Natsu ne sait pas comment gérer cette sœur obnubilée par ses futurs gros seins et cette nièce muette. Ce sont des œufs qui décanteront la situation… remettant le rire et les mots au cœur de ce triangle féminin.
En peu de pages et l’air de ne pas y toucher, Mieko Kawakami aborde des sujets profonds qui minent la société japonaise et en particulier la place des femmes. Au Japon, elles se doivent d’être de bonnes mères et de bonnes épouses. Une femme célibataire est cantonnée à des postes subalternes et tant pis si elle est mère célibataire et a plusieurs bouches à nourrir. Une femme se doit aussi de correspondre à certains critères de beauté, ne pas faire de vague, combler son époux. En somme, il n’est pas facile d’être une femme au Japon… comme ailleurs.
Seins et œufs est un roman surprenant, déstabilisant, qui peu paraître terne au premier abord, mais qui véhicule quelques vérités bien senties. Il faut prendre le temps de lire entre les lignes et de creuser sous la surface.

Ce que je sais de Vera Candida
Neuf 19,30
Occasion 4,00
8 janvier 2021

Une petite île d’Amérique du sud, le soleil, la chaleur, les hommes et trois femmes : Rosa, Violette et Vera Candida.
Rosa a été une prostituée très demandée, la meilleure du village, avant de devenir une excellente pêcheuse de poissons volants. Une existence tranquille, sans histoires, jusqu’au jour où elle croise la route de Jeronimo. Riche, sulfureux, mafieux sans doute, il se construit un palais à flanc de colline et la petite cabane de Rosa lui gâche la vue. Mais Rosa résiste, refuse toutes ses offres, ne souhaite même pas le rencontrer pour, finalement, tomber dans ses filets. De cette étrange histoire d’amour, lui restera une folle envie de liberté et une fille, Violette. Belle mais pas très futée, Violette se laisse séduire par tout homme qui la flatte ou lui fait un cadeau. Elle se laisse engrosser par un de ses prétendants et donne naissance à Vera Candida. Sa vie se finira tragiquement et c’est Rosa qui élèvera sa petite-fille privée de mère et née de père inconnu. Vera est intelligente, obéissante, c’est l’amour de la vie de Rosa. Et pourtant, Vera Candida quitte le village, quitte sa grand-mère, sans un mot, en cachette. C’est que Vera Candida a aussi croisé la route d’un homme violent, d’un porc qui a semé sa graine en elle. Trop honteuse pour se confier, elle a préféré rompre avec l’île et a atterri dans une maison pour mère célibataire sur le continent. L’adolescente est meurtrie mais loin d’être vaincue. Quand elle donne naissance à Monica-Rose, elle se jure de tout faire pour lui donner une belle et bonne vie. Seule, grâce à son opiniâtreté et sa rage. Le beau journaliste Itxaga saura-t-il la convaincre de la pureté de son amour et de sa volonté de l’aider sans la blesser ?

Quand Véronique Ovaldé s’essaie au réalisme magique, cela donne un très beau roman avec de magnifiques figures féminines. Comparativement, les hommes sont pitoyables, jaloux, violents, violeurs. Sauf Itxaga, bien sûr. Mais il a dû faire ses preuves pour apprivoiser Vera Candida, issue d’une lignée de femmes qui ont souffert de la cruauté des hommes. À quinze ans, elle décide de se construire une nouvelle vie, loin de l’île qui a gardé ses aïeules enfermées dans le carcan des traditions patriarcales.
C’est un roman vif, violent, cruel, au style enlevé qui fait la part belle aux femmes. C’est aussi un roman coloré, exotique qui baigne dans une nature foisonnante, une chaleur tropicale qui exacerbe les sentiments et, sans avoir l’air d’y toucher, c’est un roman engagé qui dénonce les abus des hommes, pointe du doigt certains travers des sociétés d’Amérique latine. Une belle réussite.

PREMIER AMOUR
8 janvier 2021

Trois hommes réunis à la fin d’une soirée mondaine décident pour se distraire un peu de se raconter leur premier amour. Mais la distraction tourne court, ces messieurs n’ayant pas connu les affres d’un amour précoce. Tous sauf un. Vladimir Pétrovitch. Mais l’homme n’est pas un bon orateur et décide de coucher ses souvenirs sur le papier. Rendez-vous est pris quinze jours plus tard pour la lecture de ces feuillets narrant les évènements de l’été 1833. Cette année-là, Vladimir avait seize ans et tombait fou amoureux de sa voisine, la princesse Zinaïda. Blonde comme les blés, le teint pâle mais le caractère bien affirmé, la jeune fille réunissait autour d’elle une cour de prétendants énamourés qu’elle aimait faire tourner en bourrique. Empressé comme les autres, Vladimir guettait les signes d’affection de Zinaïda mais la princesse ne l’aimait pas d’amour. Elle avait donné son cœur, son corps et son âme à un inconnu dont Vladimir ignorait tout…

Court roman ou longue nouvelle, Premier amour est une petite pépite romantique et dramatique. C’est la découverte de l’amour dans toute sa pureté mais aussi sa cruauté. Vladimir Pétrovitch est un narrateur consciencieux, soucieux du moindre détail, mêlant la description des sentiments à l’évocation de l’été moscovite et de sa nature enchanteresse. À quarante ans, il a pris de la distance avec ce premier amour malheureux. Rien de larmoyant ou de lyrique dans son ton mais la relation des faits dans leur banale réalité. Un adolescent s’éprend d’une jeune fille plus âgée que lui, une princesse désargentée qui vit dans le dénuement mais reste consciente de son rang, de sa beauté et de son pouvoir sur les hommes. Elle le mène par le bout du nez, il passe de l’espoir le plus euphorique au désespoir le plus noir et un jour il la retrouve distante, froide, moins prompte à jouer de sa séduction. La jeune fille est amoureuse d’un autre, un rival dont il voudra à tout prix connaître le nom et le visage. Évidemment, ce n’est pas un homme pour elle, évidemment il fera son malheur. Et à la fin de l’été, Vladimir retrouvera sa vie d’étudiant, laissant derrière lui ce premier amour au goût doux-amer, sans que jamais son souvenir ne s’efface.
Si parfois la littérature russe peut paraître effrayante, Tourgueniev est un auteur très abordable et son Premier amour est une bonne entrée en matière. Une lecture simple et facile, un sujet banal sublimée par une belle écriture.