www.leslibraires.fr

sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Qaanaaq
8,70
25 janvier 2021

Adopté à l’âge de trois ans par un couple de Danois, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale jusqu’au jour où une enquête le conduit à Nuuk, capitale du Groenland. Dans cette ville plutôt paisible, trois ouvriers de la plateforme pétrolière ont été tués, déchiquetés plutôt, comme s’ils avaient été attaqués par un ours polaire. Homme de la ville, Qaanaaq n’est pas à l’aise au milieu des chasseurs de phoques, dans ce climat glacial, cette langue gutturale qu’il ne comprend pas et ces croyances, traditions, superstitions et tabous qu’il ne connaît pas. La cheffe de la police lui adjoint un policier autochtone, Apputiku Kalakek, chargé de l’introduire dans ce monde inconnu, et accessoirement de le surveiller. Les deux hommes vont enquêter dans les paysages blancs, au pays de l’or noir, au moment crucial où le Parlement régional doit décider de son autonomie. Pétrole, dollars, politique et séparatisme se mettent sur la route de Qaanaaq qui va aussi renouer avec ses origines inuites et peut-être découvrir les terribles circonstances qui ont fait de lui un orphelin.

Quel dépaysement ! Et quelle belle incursion sur les terres gelées du Groenland ! Mo Malø a beau être français, il maîtrise bien son sujet et sait décrire les paysages, les modes de vie et le pays des Inuits. Dans ce grand Nord, la préoccupation principale est la survie. Il s’agit de conserver sa force, aussi, parler est une perte d’énergie. Alors on s’exprime d’un haussement de sourcils qui en dit plus long que les mots. On respecte la terre, les esprits et les traditions mais pour combien de temps encore ? Les Groenlandais vivent sur des gisements de pétrole et autres minerais convoités. Sauront-ils conserver leur mode de vie et leur nature ou succomberont-ils à l’appel des pétrodollars ? Là-bas comme ailleurs, les politiciens surfent entre ambition et démagogie, mensonges et corruption… La population hésite entre un mode de vie rude mais ancestral et les tentations de la modernité.
Mo Malø réussit le savant mélange entre une intrigue policière qui tient la route et sinue entre moultes fausses pistes et une analyse de la situation politique et sociale du Groenland. Qaanaaq est un policier qui gagne à être connu. Ce premier tome livre les secrets de ses origines et donne quelques indices sur l’homme qu’il est devenu. On aura plaisir à en apprendre plus sur ses parents adoptifs (une cheffe de la police à la retraite et un célèbre auteur de romans policiers), ses deux enfants, adoptifs eux aussi, et sa façon de se réapproprier son histoire. Son acolyte, Appu, est le plus attachant des deux. Derrière ses airs un peu patauds et sa nonchalance toute inuite se cache un bon flic qui a plusieurs fois sauvé la mise au super flic venu de Copenhague. Un duo qui fonctionne bien et un voyage au Groenland trop court malgré les plus de cinq cents pages du roman. On en veut plus ! Un coup de cœur.

1, Lou ! Sonata
17,50
22 janvier 2021

Nouvelle ville, nouvel appartement et… nouvelle coupe de cheveux !
Après son road-trip existentiel, Lou pose ses valises à Tygre pour la rentrée universitaire. Étudiante motivée mais un peu submergée, la jeune fille plonge de plain-pied dans cette nouvelle vie de jeune adulte responsable. Concilier fêtes jusqu’à l’aube, cours plus ou moins clairs, autonomie et négociations avec le fournisseur Internet ne va pas sans quelques réglages. Et puis Lou reste Lou, elle continue à se poser des questions sur le sens de la vie et se retrouve souvent bien seule face à ses interrogations.

Le plaisir de retrouver Lou, sa famille, ses amis est un peu terni par un scénario qui manque de peps. Les jolis dessins ne font pas tout. Lou tourne en rond et nous avec elle. Où est passée la gamine volontaire, singulière, fan de mode qui n’hésitait pas à créer ses propres vêtements, toujours prête à se lancer dans une danse de la joie ? Elle a été remplacée par une étudiante nostalgique, perdue à la fac, perdue dans sa ville, qui saoule son entourage avec ses grands discours, ses grandes questions, son incapacité à vraiment s’intégrer.
Heureusement, d’autres personnages connus interviennent (trop brièvement) comme son frère Fulgor ou sa grand-mère.
Sous-titré ‘’Premier mouvement’’, ce premier tome de la série Sonata, constitue plus une transition qu’un nouveau départ. Lou est désormais une jeune adulte face à de nouveaux défis, il va falloir qu’elle cesse de piétiner, qu’elle se prenne en main et qu’elle trouve sa voie. On espère une suite plus dynamique et plus drôle.

Première neige sur le mont Fuji, Et autres nouvelles

Et autres nouvelles

Le Livre de poche

6,90
21 janvier 2021

Première neige sur le mont Fuji est un recueil de six nouvelles compilées aléatoirement par la traductrice Cécile Sakai.
On y retrouve l’écriture délicate et poétique de Kawabata et son art de l’ellipse. Tout n’est pas dit, les sentiments sont à peine effleurés et certains comportements des personnages peuvent laisser le lecteur occidental, peu versé dans la psyché japonaise, perplexe. S’ajoute à cela une petite touche fantastique qui, encore une fois, pour qui ne connaît pas les légendes nippones, est assez déconcertante.
La première nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage est la plus émouvante. Elle raconte les retrouvailles de deux amants séparés par la guerre. Le temps d’une nuit dans une station thermale au pied du mont Fuji, ils s’apportent un certain réconfort, eux qui ont été blessés par les aléas de la vie, de la mort et de la guerre.
La mort est d’ailleurs très présente dans le recueil, ainsi que l’empreinte que laissent les disparus chez les vivants. Là, on touche aux traditions et croyances japonaises et Kawabata nous laisse sur le bord du chemin.
Bref, ces nouvelles sont étonnantes mais souvent incompréhensibles. Restent la beauté de l’écriture de Kawabata et l’immersion dans les paysages japonais, toujours joliment décrits par l’auteur.

Ils s'aiment, Un siècle de photographies d'hommes amoureux 1850-1950

Un siècle de photographies d'hommes amoureux 1850-1950

Les Arènes

49,00
20 janvier 2021

Ils devaient se cacher, traités de fous, de déviants, de pervers, mais ils ont choisi, le temps d’une photographie, de se montrer au grand jour. Un cliché comme un tendre souvenir, comme la preuve de leur existence, comme la preuve de leur amour. Tendrement enlacés, sur une plage, dans un lit ou sur le pont d’un bateau, paysans, étudiants, soldats ou hommes d’affaires, sur le vif ou mis en scène par un photographe, ces hommes ont défié leur époque pour afficher leur amour.
Issues de l’immense collection du couple Treadwell-Nini, ces photos sépia, prises entre 1850 et 1950, racontent le passé, bien sûr, mais surtout la tendresse, la complicité, le bonheur, l’amour, autant de sentiments universels qui traversent les époques et le temps.
Ils s’aiment est un Beau livre dans tous les sens du terme. Un témoignage touchant et indispensable.

Plaintes

Le Livre de poche

8,10
19 janvier 2021

À peine l’inspecteur Malcolm Fox du Bureau des Affaires et Plaintes internes a-t-il le temps de se réjouir d’avoir coincé un flic corrompu qu’il est envoyé sur un nouveau cas. Il s’agit de collecter des informations sur le sergent Jamie Breck, soupçonné de faire partie d’un réseau pédophile. Or, c’est justement ce policier qui est chargé de l’enquête sur le meurtre du compagnon violent de la sœur de Fox. L’occasion pour les deux hommes de se rapprocher et pour Fox de se faire une idée sur ce pédophile en puissance. Et l’inspecteur doute. Breck ne serait-il pas victime d’une machination ?

Retour à Edimbourg avec Ian Rankin mais sans Rebus, son flic fétiche. Ici, il nous présente Malcolm Fox, de la police des polices, un service ignoré du grand public et haï des autres policiers. L’homme est un solitaire, alcoolique repenti qui carbure au jus de tomates et affublé d’une sœur à la dérive et d’un père qui perd de plus en plus la mémoire. Voilà pour le personnage, flic pugnace, perspicace et non dénué d’humour. Et l’histoire ? Elle est complexe et brasse des sujets divers et variés, tels les réseaux pédophiles, la crise économique, les montages financiers, le marché pas toujours très clair de l’immobilier et, bien sûr, la corruption qui touche aussi bien les politiciens locaux que les policiers. Perdu dans ce maëlstrom, Fox fait preuve de clairvoyance et évite les manipulations. Très vite, il s’allie à son collègue Breck, malgré les accusations qui pèsent sur lui. Mais le duo dérange et finit mis à pied. Car, le chemin vers la vérité est difficile quand on ne sait pas à qui se fier, quand un simple collègue, voire un haut gradé, peuvent être à la solde de la pègre.
L’enquête est donc compliquée, alambiquée mais c’est du Rankin, donc c’est du bon polar, de l’excellent polar même. Et Edimbourg n’est pas étrangère à l’affaire. On aime toujours autant parcourir ses lieux historiques, ses ruelles sombres, ses routes encombrées par d’incessants travaux. Malcolm Fox n’a peut-être pas le charisme de John Rebus mais il ne demande qu’à faire ses preuves. On suivra avec intérêt et plaisir la suite de ses aventures.