sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Hiver à Sokcho
Neuf 15,50
Occasion 7,00
6 août 2018

Dans le froid de l'hiver coréen, Yan Kerrand, dessinateur de BD normand, débarque à Sokcho, une ville portuaire proche de la frontière nord-coréenne. Il échoue dans une petite pension où travaille une jeune franco-coréenne qui n'a pas connu son père, n'est jamais allée en France, parle la langue mais préfère s'exprimer en anglais. Elle est immédiatement attirée par cet homme qui apporte avec lui un coin de ce pays qu'elle porte en elle sans le connaître. Leurs deux solitudes vont se jauger, se confronter, s'apprivoiser. Pudeur pour elle, choc culturel pour lui, un homme, une femme, une ville engourdie par l'hiver...

Un livre court où il ne se passe pas grand chose et pourtant... Beaucoup de poésie, de délicatesse, de pudeur s'en dégagent, et tellement plus que l'histoire d'un homme et d'une femme séparés par des cultures différentes. En peu de mots, avec pour cadre une petite ville, l'auteure réussit à nous faire voir la Corée dans son ensemble avec ses sourires, son sens du service, sa savoureuse cuisine, sa douceur de vivre, sa quiétude mais aussi la tentaculaire Séoul qui attire les jeunes de province pour les perdre, la pression sociale qui s'exerce sur les filles en âge de se marier, le culte de la beauté qui a fait de la chirurgie esthétique un acte banal, un cadeau que l'on offre pour un anniversaire et, bien sûr, la guerre civile de 1953 qui a coupé le pays en deux et la voisine du Nord qui reste une menace permanente.
Un huis-clos subtil et délicat où les sentiments sont tus pour laisser parler les sensations, la suggestion, les non-dits. Une moment hors du temps à savourer au cœur de l'été pour se rafraîchir un peu.

La vérité sort de la bouche du cheval
Neuf 21,00
Neuf, précommande 21,00
3 août 2018

Prostituée aguerrie, Jmiaa promène ses courbes généreuses et son caractère bien trempé dans les rues de Casa, de la petite pièce où elle vit seule avec sa fille jusqu'à sa place dans l'escalier près du marché où elle alpague ses clients. Le métier n'est pas facile, le quartier est populaire, les affaires se règlent vite, à même le sol, la djellaba à peine retroussée, sans états d'âme ni sentiments superflus. Pour supporter cette vie qu'elle n'a pas choisie, Jmiaa cherche l'oubli dans l'alcool, les cachets, les fous rires avec Samira sa collègue et amie, et les bras de Bouchaïb, son client préféré. Tout change lorsque Hamid, le gardien du parking, lui présente Chadlia, une marocaine qui vit au Pays-Bas. Aussitôt rebaptisée ''Bouche de cheval'' par une Jmiaa circonspecte, la jeune femme lui explique qu'elle veut tourner un film, son premier long-métrage, à Casa, sur la vie du quartier, sur une prostituée...Elle veut des conseils, elle veut du vécu, elle veut une actrice...

Gros coup de cœur pour Jmiaa, sa verve, son langage fleuri, son esprit vif et son courage. A la suite de ce personnage haut en couleurs, nous découvrons Casablanca, la société marocaine, le sort des femmes soumises à la volonté des hommes. Jmiaa est une de ces femmes qui n'a pas eu de chance mais qui prend les choses comme elles viennent, avec pragmatisme, philosophie, fatalisme. Narratrice sans concessions de sa propre vie, Jmiaa n'épargne rien ni personne, les hommes, les collègues, les ''barbus'', les fonctionnaires corrompus, les flics, les bien-pensants et les hypocrites. Si le sort ne lui a pas toujours été favorable, elle saura aussi saisir les opportunités qui s'offrent à elle et changer le cours de son destin.
Un récit plein de couleurs, de chaleur, de piment. De la misère, de la violence, mais aussi de la solidarité, de la débrouillardise et un happy end un peu facile mais qu'on ne peut qu'approuver tant on s'est attaché à Jmiaa au point de lui souhaiter le meilleur. Une lecture pétillante qui donne la pêche.

Otaku otaku

Fujita

Kana

5,95
30 juillet 2018

Narumi Momose est une otaku. Elle aime les mangas, les idols, les conventions, le cosplay et les jeux vidéo. Mais sa passion n'est pas toujours bien perçue par son entourage, aussi reste-t-elle discrète au travail et surtout avec les hommes qui ont tendance à fuir lorsqu'ils découvrent cette facette de sa personnalité. Lorsqu'au détour d'un couloir de l'entreprise pour laquelle elle travaille, elle rencontre Hirotaka Nifuji, elle est ravie de retrouver celui qui fut son camarade de collège. Le jeune homme est lui aussi un otaku, mais contrairement à elle, il ne s'en cache pas. Séduisant, il se soucie peu de son succès auprès des femmes, passant son temps soit au travail, soit sur sa console de jeu. Comme Narumi peine à trouver un petit ami prêt à l'accepter telle qu'elle est, Hirotaka lui propose de sortir avec lui. Leur passion va-t-elle les rapprocher ou créer des problèmes entre eux ?

Un josei plutôt sympathique, bourré d'humour et de références à la culture geek. S'y reconnaîtront les jeunes filles qui ont passé le stade de l'adolescence et cherchent plus qu'une bluette dans un manga. L'amitié, les passions, celles qui rapprochent et celles qui séparent, et bien sûr l'amour sont au cœur de cette histoire, ou plutôt ces histoires, puisqu'il s'agit de saynètes qui se succèdent autour du couple nouvellement formé. C'est frais, c'est gai, c'est léger, ça ne casse pas trois pattes à un canard mais ça se lit sans déplaisir.

Vernon Subutex (Tome 2)
28 juillet 2018

Vernon Subutex, l'ex-disquaire, vit désormais dans la rue. Et il s'y fait ! Libre de toute contrainte, débarrassé de l'angoisse de trouver un toit, il s'est crée un nouveau groupe d'amis, des exclus comme lui, et une nouvelle façon de vivre. Vernon a vieilli, Vernon a des absences, mais Vernon a acquis la sagesse de celui qui ne possède rien et n'a plus peur de tout perdre. Installé près des Buttes-Chaumont, il se fond dans son nouvel environnement sans savoir que ses anciens amis sont à sa recherche. Pour retrouver les fameux enregistrements d'Alex Bleach, mais aussi pour lui venir en aide, coupables qu'ils sont de l'avoir abandonné à la rue.

Où l'on retrouve un Vernon Subutex bien installé dans sa vie de SDF, bien loin des beaux appartements parisiens qu'il a fréquentés dans un passé encore récent. Pourtant le lien n'est pas rompu avec son ancienne vie. Ses amis vont le chercher, le retrouver, essayer de le sauver. Mais Vernon ne veut plus vivre entre quatre murs, il a pris goût à la liberté que procure la vie dans la rue. Alors ils se retrouvent tous aux Buttes-Chaumont, autour d'un Vernon qui fait figure de gourou, rassemblant autour de lui une bande hétéroclite dont chaque membre a ses propres raisons de l'entourer. La dernière confession de Bleach a enfin été révélée et donne des envies de vengeance à certains...
Sombre par ce qu'il révèle de notre société, ce deuxième opus est aussi illuminé par l'amitié et la solidarité qui s'en dégagent. Moins sex, drug and rock'n'roll, ce tome est plus politique. Virginie Despentes en profite pour régler quelques comptes, dénoncer quelques dérives et plaider la cause de ceux que la société rejette. Avant l'heure, elle aborde le combat pour l'égalité des droits de la communauté LGBT et, avec un sens extraordinaire de l'anticipation, évoque le harcèlement sexuel, c'est #metoo avant Weinstein, mais les rôles sont interchangeables et un autre producteur sûr de son bon droit est en tête d'affiche.
En cela, le roman est passionnant même s'il est un cran en-dessous du premier. Le phénomène qui se crée autour de Vernon manque de crédibilité. L'ambiance hippie, les amitiés qui se croisent, les amours qui naissent et Vernon, amorphe et silencieux, qui communique en jouant les DJ ou en serrant dans ses bras les âmes en peine finissent par devenir un brin pathétiques. Mais la curiosité l'emporte sur le léger ennui provoqué. Le livre se lit bien, vite, Despentes est critique, acide, fulgurante comme on l'aime et on a hâte de retrouver Vernon et sa bande dans le tome final.

L'amie prodigieuse, III : Celle qui fuit et celle qui reste, Époque intermédiaire
Neuf 8,30
Neuf à prix réduit 8,30
24 juillet 2018

Bien loin de ses ambitions, de ses capacités et de son riche mariage, Lila vit désormais avec Enzo. Pour subvenir à ses besoins, elle travaille dans une usine de salaison. À l'opposé, Elena n'en finit pas de grimper les échelons de l'échelle sociale. Son livre connaît un succès inespéré, elle prépare son mariage avec Pietro et s'apprête à quitter Naples pour toujours en s'installant à Florence. Les années 60 emportent l'Italie dans le tourbillon de la contestation. La gauche et la droite s'affrontent dans une lutte sans merci qui fait naître des mouvements extrémistes. Lila, rebelle par essence, s'investit malgré elle dans les luttes ouvrières, surveillée de près par son éternel prétendant, le mafieux Michele Solara dont les hommes font le coup de poing pour les fascistes. Si elle semble au plus bas, Elena se rêve écrivain, mais le mariage et la grossesse ne font pas bon ménage avec l'inspiration. Les deux amies se voient encore de loin en loin, ne se donnent plus beaucoup de nouvelles. Pourtant, le fil qui les relie depuis l'enfance est juste effiloché, rien ne semble pouvoir briser cette relation faite d'amour, de complicité, d'émulation, de jalousie, de haine parfois.

Troisième opus et l'intérêt ne se relâche pas. Les deux amies sont maintenant trentenaires. Les années 60 sont troublées par les luttes ouvrières, l'extrémisme, les attentats. Parce qu'elle ne supporte pas que les enfants de bourgeois seuls plaident la cause des plus pauvres, Lila devient l'égérie des revendicateurs. Elle se préoccupe des conditions de travail, du droit des femmes obligées de se plier au droit de cuissage. Elle a quitté le quartier de son enfance mais ne s'est pas sorti de la misère, même si avec Enzo, elle croit en l'avenir des ordinateurs et, avec sa pugnacité et sa capacité à intégrer les connaissances et les savoirs, Lila apprend... Pour fuir Naples, Elena a choisi la voie des études et du mariage, un mariage bourgeois qui la laisse frustrée et malheureuse. Quand tout va mal reste l'amitié ; une amitié aussi tourmentée que l'époque qu'elles traversent. Les deux femmes se jalousent, se disputent, se concurrencent, s'aiment envers et contre tout.
Encore une fois, l'évocation de l'Histoire de l'Italie est savamment intégrée au récit des aventures de Lila et Elena. Et, comme depuis l'enfance, Lila reste le personnage le plus intéressant. Forte et fragile, rebelle, obstinée, elle est toujours là où on ne l'attend pas, se relève alors qu'on la croyait perdue, cache son jeu, calcule, obtient. À côté d'elle, Elena semble bien fade, coincée dans une vie aisée mais dénuée d'intérêt. L'enfant sage et appliquée est devenue une femme insatisfaite qui ne trouve pas la recette du bonheur. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort et Elena ne va pas se cantonner à son rôle d'épouse et de mère. Pour une fois, elle va agir pour elle-même et choisir le plaisir, la folie, le pas de côté.
Une saga magnifique et passionnante.