sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Le rameau vert
Neuf 7,50
Occasion 3,90
20 février 2018

Les années ont passé depuis la mort du maître maçon Harry Talvace, exécuté sur ordre d'Isambard, seigneur de Parfois. Ceux qui l'ont connu et aimé gardent encore de lui le souvenir tenace et fidèle. Mais son fils Harry n'a pas eu la joie d'avoir un père, né au pays de Galles, après sa mort. Recueillis par le prince gallois Llewelyn, la mère et l'enfant font maintenant partie de sa cour. Gilleis est la dame de compagnie de la princesse Joan et Harry, adopté par Llewelyn est le frère de lait d'Owen, sauvé par son père il y a bien longtemps, et du prince David. Audacieux et enjoué, Harry a grandi dans la dévotion de ce père trop tôt disparu et bien décidé à venger sa mort, comme le lui permet la loi galloise. Il a 15 ans quand, victime d'une injustice, il quitte Aber pour prouver qu'il est un honnête homme. Son but : Parfois et la confrontation avec Isambard. Mais le vieux Ralf a beau approcher la soixantaine, il n'est pas homme à renoncer à la vie sans broncher...

Un Harry Talvace chasse l'autre. Après avoir connu le premier Harry, fougueux, passionné, fidèle et respectueux de la parole donnée, voici son fils Harry auquel s'appliquent les mêmes adjectifs. Le sort n'a pas été favorable au père, mort pour ses principes, le fils veut le venger. Au cours de sa quête, il va apprendre à mieux connaître son père, par delà la mort. Car c'est à Parfois que le tailleur de pierre a bâti sa plus belle œuvre. C'est là aussi qu'il a vécu, qu'il a aimé, qu'il a pris sa décision la plus funeste et bien sûr qu'il a perdu la vie. Plein de rancune et de haine envers Isambard et bien décidé à le tuer, le jeune Harry est cependant trop peu expérimenté pour se mesurer au rusé seigneur de Parfois. La lutte va s'avérer plus longue que prévue mais aussi plus exaltante. Des paroles sont données, des contrats sont passés, des liens se nouent. Harry, qui jusque là rechignait à marcher dans les traces de son père, plus prompt à dégainer son arc ou sa dague que le ciseau, découvre avec émotion les esquisses, les projets, les outils que son père a laissés. Mais à l'extérieur des murs du château, le monde continue de tourner. L'Angleterre n'a de cesse de s'immiscer en territoire gallois. Llewelyn repart en guerre et Harry veut être au côté de son prince pour défendre cette terre devenue sienne.
Ce deuxième tome de la saga d'Ellis Peters tient toutes ses promesses. Les années ont passé, les cheveux ont blanchi mais nul ne s'est assagi. Ce sont les mêmes sentiments exacerbés, les mêmes tensions guerrières, les mêmes larmes, les mêmes joies. Et la jeune génération est à l'image de ses aînés. Le jeune Harry est à la hauteur du sens de l'honneur de son père dont il est le fidèle portrait. Il demeure sous la coupe d'Isambard mais l'ennemi de toujours pourrait bien le révéler à lui-même. La confrontation finale est pour bientôt...A suivre.

Reflex

Mayeras, Maud

Pocket

Neuf 7,80
Occasion 3,40
17 février 2018

Iris Baudry est photographe judiciaire. Un coup de fil de la police et elle saute sur sa moto pour aller immortaliser les scènes de crime les plus sordides. Solitaire, silencieuse, compétente, toujours disponible, la jeune femme n'a pas de vie en dehors de son métier. Après un de ces appels, Iris se rend compte qu'elle est dans sa ville natale où l'on vient de retrouver le corps d'un enfant. Immédiatement les souvenirs ressurgissent. Cette ville, elle l'a fuie il y a bien longtemps, quand son fils Swan a été assassiné, son pauvre corps de six ans à peine, meurtri, dépecé, abandonné. Pour ne pas se retrouver en tête à tête avec sa mère, ce monstre froid et intransigeant, le croque-mitaine de son enfance, elle est partie avec la ferme intention de ne plus jamais revenir. Rien n'a changé dans cette ville perdue et sans avenir qui se dessèche sous un soleil de plomb. Sauf sa mère. Folle à lier, elle est désormais à Bellevue, l'hôpital psychiatrique dont nul n'est jamais ressorti, Bellevue, ce mouroir qui a toujours eu pour vocation d'abriter la misère humaine. C'est ici que Lucie a vu le jour en avril 1920, fruit du viol de la jeune Julie Carville, reniée par ses parents après cette infamie. A l'époque, Bellevue était un couvent et un orphelinat tenus par des bonnes sœurs et Lucie y a grandi dans la misère et les coups. A priori, aucun rapport entre Iris et Lucie. Et pourtant...

Deux époques différentes mais les mêmes destins marqués par la noirceur et la violence.
De nos jours, la vie d'Iris Baudry, jeune femme tourmentée, secrète, bègue, brisée par le désamour de sa mère et le meurtre de son fils. Son retour en ville lui donne l'occasion d'affronter ses démons. Voir sa mère tant détestée réduite à rien, se souvenir de son père adoré emporté trop tôt par un cancer, retrouver la voisine Jackie, toute en sucre et en miel, sa seule source de douceur maternelle à l'époque, et affronter le détestable journaliste local qui avait couvert la mort de Swan et reste persuadé que celui qui est derrière les barreaux pour ce meurtre n'est pas coupable.
Dans les années 20, le calvaire d'une jeune fille de bonne famille violée, vilipendée, reniée par les siens puis finalement abandonnée dans un couvent où elle fut humiliée, battue avant de donner naissance à une petite Lucie, née avec une jambe estropiée.
De la souffrance, de la violence et du sang pour une ambiance très noire. Un tueur en série qui écorche ses victimes, assassinant sans distinction des hommes, des femmes, des enfants. Une mère qui pleure son enfant mort. Une maison qui renferme bien des secrets. Et une auteure machiavélique qui nous emmène dans les tréfonds de l'âme humaine, nous promène tout au long de son roman pour nous assommer avec les pires révélations à la toute fin. Quel talent pour manipuler son lecteur et le surprendre ! Une lecture noire et addictive.

Pétronille

Amélie Nothomb

Albin Michel

7,49
16 février 2018

Originale quant à ses goûts alimentaires, Amélie Nothomb est plus conventionnelle lorsqu'il s'agit de s'enivrer : elle aime le champagne. Le bon champagne, cela va de soi. Elle apprécie les bulles à tout moment et de préférence après 36 heures de jeun lorsqu'elle est plus à même de ressentir tout le pouvoir de l'alcool sur ses sens. Mais boire seule ne lui convient pas. Tel l'affamé qui cherche un compagnon pour rompre la pain, Amélie cherche une ''covigne'' pour partager le vin. La chance lui sourit lors d'une dédicace dans une librairie parisienne en la personne de Pétronille Fanto, une fan avec qui elle échange des lettres depuis un moment et qu'elle rencontre pour la première fois. Un physique d'adolescent rebelle, une originale ascendance prolétarienne, un caractère bien trempé et un goût prononcé pour le nectar champenois : Pétronille remplit tous les critères pour devenir la compagne de beuverie d'Amélie. Leur amitié naît donc autour d'une bouteille, la première de toutes celles qu'elles partageront, dans des endroits aussi improbables qu'une piste alpine, une suite londonienne ou les salons du Ritz. Inspirée par Amélie, Pétronille se met à l'écriture, ce qui rapproche encore les deux femmes. Mais Pétronille est difficile à comprendre, à suivre, à vivre. Leur amitié connaît des hauts et des bas, malmenée par la fougue et le jusqu'au boutisme de la prolétaire éprise de lettres anglaises.

Encore une fois Amélie Nothomb se met en scène dans ce qui pourrait apparaître comme une comédie teintée de lutte des classes. Quand une fille de diplomate rencontre une fille de militant communiste, qu'est-ce qu'elles se disent ? Et bien tout dépend de leur degré d'ébriété...La première est tout en rondeur, en gentillesse, en politesse exacerbée, la deuxième n'a pas de filtres, partagée entre sa grande culture et ses origines modeste, elle est volontiers revêche et peut, à l'occasion, devenir une sorte d'Arlette Laguillier, mais en pire. Cette amitié improbable donne lieu à des moments drôles, d'autres plus dramatiques mais garde toujours un ton décalé, voire loufoque. Les amateurs de la gothique belge y trouveront leur compte et reconnaîtront bien leur idole en fille serviable, attentionnée, empathique et grande amatrice de fines bulles. Les autres aussi d'ailleurs puisqu'il s'agit là de se divertir sans prise de tête et pourquoi pas de découvrir la plume de Pétronille qui n'est autre que Stéphanie Hochet, excellente auteure par ailleurs.
On pourra déplorer une fin abrupte et bâclée mais dans l'ensemble Pétronille est un sympathique amusement.

Nos souvenirs sont des fragments de rêves
22,00
14 février 2018

Un homme qui se faufile nuitamment dans son jardin et qui quelques jours plus tard tente de poignarder l'homme d'affaires Alex Rabell, il n'en faut pas plus au narrateur pour se plonger dans les souvenirs d'une vie qu'il a partagée avec Alex et sa sœur Stella, une amitié née au cœur de l'enfance, au bord de la mer de Finlande et qui a perduré des décennies durant. Du début des années 70 jusqu'à nos jours, il a donc côtoyé la famille Rabell, une ''dynastie d'entrepreneurs'' dirigée par le grand-père Poa, des gens riches, conscients de leur position, arrogants de fait, soucieux de préserver leur intimité et de garder leurs secrets. Moins privilégié, le narrateur voue une admiration sans faille à Alex et tombe éperdument amoureux de Stella. Le temps passant, son regard change sur son ami d'enfance, il s'en éloigne sans pour autant le renier. Stella, quant à elle, reste son grand amour. Malgré les séparations, les trahisons, les rancoeurs, la passion tempétueuse se transforme en amitié tranquille mais les liens restent forts. A presque 60 ans, il peut dérouler ses souvenirs depuis l'époque lointaine où sa renconre avec les enfants Rabell a changé sa vie.

Jouant les Nick Carraway, humble devant les puissants, pauvre devant les riches, le narrateur raconte les Rabell, Poa, le patriarche fier et volontiers méprisant, Clara, la mère altière et un brin guindée, Jacob, le père invisible, le sujet tabou, Alex, enfant autoritaire, adulte prêt à tout pour toujours amasser plus d'argent et Stella, l'apprentie comédienne avec qui il joue à ''je t'aime, moi non plus'' pendant près de cinquante années. Autour d'eux, d'autres garçons, brutes épaisses ou souffre-douleur, d'autres filles, bonnes à baiser ou à épouser selon leur milieu d'origine, d'autres parents, falots, trop prolétaires pour qu'on en fasse grand cas. Et le monde qui continue de tourner : la bande à Baader qui terrorise l'Allemagne, Olav Palme assassiné, le mur de Berlin qui tombe, l'attaque de Charlie Hebdo, etc. Tous ces évènements brièvement évoqués, le narrateur y reste imperméable, tout préoccupé qu'il est des Rabell. Attirance et répulsion, amour et haine, partages et trahisons semblent rythmer son existence dans l'ombre de cette famille en vue. Lui-même tente de faire son chemin. Il publie un roman qui très vite est un succès, mais ne peut renouveler l'exploit et survit en enseignant les lettres au lycée. Eternel looser, il est sans cesse partagé entre le désir irrépressible de s'accrocher à son amour pour Stella et son amitié pour Alex et la volonté de les fuir pour se préserver.
Une très belle saga romanesque, des êtres profondément blessés qui cachent leurs faiblesses sous le masque de la nonchalance ou de l'arrogance. Une histoire d'amitié pas toujours facile, branlante, déséquilibrée mais fondatrice. Et bien sûr une histoire d'amour éternel entre la jeune fille de bonne famille, la rebelle, l'artiste, la part solaire des Rabell et le jeune homme incertain, admiratif, le fils désargenté d'un simple vendeur en électro-ménager porté sur la boisson. Sur près de 600 pages, Kjell Westö nous immerge totalement dans la vie de ses héros dont nous partageons le quotidien, les joies et les peines, et tout cela dans les magnifiques paysages finlandais. Un gros coup de cœur.

Seuls les enfants savent aimer
13 février 2018

C'est derrière les volets clos de la petite maison de Vernet-les-Bains que le petit Bruno suit la procession qui emmène sa maman vers le cimetière du village. A 6 ans, il a été jugé trop jeune pour assister à l'enterrement de celle qui va lui manquer tout le reste de sa vie. Car la vie continue, triste et vide, au milieu de ses frère et sœurs qui essaient comme ils peuvent de continuer à sourire et à aimer, et d'un papa qui de plus en plus souvent fait une halte au bistro avant de rentrer le soir. Enfant différent, solitaire, Bruno se console comme il peut, dans les bras de ses grands-mères, dans sa nouvelle amitié avec Alec, dans son amour pour le belle Carol. Ravagé par la tristesse, enragé par l'injustice, Bruno garde jalousement au fond de lui les souvenirs de sa jolie maman, pour ne jamais oublier, pour pouvoir affronter un monde qui désormais sera privé de sa présence douce et lumineuse.

Cali, le chanteur écorché-vif, nous raconte Bruno Caliciuri, le petit garçon orphelin de mère. Dans un récit plein de poésie et d'amour, il évoque ses 6 ans et tous les sentiments qui l'ont traversé à la mort de sa maman : tristesse infinie, solitude, manque insondable, rage, colère, refus de continuer à vivre. Mais la vie triomphe toujours et le petit Bruno connaît aussi des joies, l'amitié partagée avec Alec, le nouveau venu, les parties de rugby, les bras consolateurs de Pilar et Stella, ses deux mamies, une danse partagée avec Carol, son grand amour.
Les confidences du chanteur, pleines de peine et de fureur, racontent cette blessure à jamais ouverte, cette fragilité qu'elle a laissé en lui, ce besoin d'amour couplé à la peur de perdre encore une fois l'être aimé.
Une belle déclaration d'amour.