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Laurence H.

Lennon Ferdia

Buchet-Chastel

23,00
Conseillé par (Lettre et merveilles)
10 avril 2024

Antiquités foutraques

Ferdia Lennon coche des cases peu banales. Il est de père libyen et de mère irlandaise et il est diplomé en littérature antique du prestigieux University College de Dublin. Nous avons donc affaire à un auteur irlandais pour qui la Méditérannée n'est pas un sujet à prendre à la légère. Ce premier roman repose sur une idée là aussi très peu banale. Gélon et Lampo vivent en 412 avant JC à Syracuse, ville alors sous la domination des spartes, qui viennent juste de faire vivre à Athènes une de leur pire défaite. Ils sont potiers, et surtout pieds nickelés de tavernes, ou on leur refuse de plus en plus l'accès, vu qu'ils n'ont pas un drachme pour payer leur tournée. Alors d'où va leur venir cette idée totalement baroque de mettre en scène Médée et les Troyennes d'Euripide, avec les prisionniers grecs qui agonisent en plein soleil dans une carrière de pierre à l'extérieur de la ville. Parce la vie est bigger than life, et que les rois du théatre, ce sont les athéniens, fussent-ils mourants et vaincus. La meilleure preuve en est qu'Euripide est athénien, et pas spartiate. Et pour Gelon et Lampo, le theatre, c'est la vie. S'en suit une épopée assez burlesque, quoique souvent hallucinée, et le tout, car ne l'oublions pas, Ferdia Lennon est irlandais, et écrit avec une langue aussi fleurie que celle que vous entendriez au fin fond d'un pub du fin fond du Donegal. Livre réjouissant sur la foi dans le pouvoir de l'art et des outres de vin.

Neuf 22,00
Occasion 17,60
Conseillé par (Lettre et merveilles)
27 janvier 2024

"Mon sous-marin jaune", le dernier livre ultra magnétique de Jon Kalman Stefansson, éclaire magnifiquement l'œuvre puissante et mélancolique de l'auteur islandais d'"Asta", "Ton absence n'est que ténèbres" ou "Lumières d'été, puis vient la nuit" (ces titres !).
Un écrivain, probablement Jon, traîne dans un parc londonien quand il y aperçoit Paul MC Cartney, le héros de son enfance. Commence alors une vertigineuse et fantasque exploration d'une mémoire qui nous emmène de la Mésopotamie au 5s av JC, à la petite ville de Keflavik dans les années 80 en passant par ce parc londonien et les immensité islandaises. Il y sera question du désarroi d'un enfant auquel les mots ne seront jamais trouvés pas son père pour dire la mort de sa mère. Il y sera question d'un Dieu vengeur, méchant et un peu trop porté sur la bière, il y sera question de routes perdues qui mènent à des fjords sublimes et de l'empathie d'une bande de fantômes qui consolent un petit garçon réfugié dans un cimetière avec le chien de la ferme. Et surtout, il y a ces quatre garçons dans le vent qui accompagnent amicalement un petit garçon dans une vieille Trabant, car nous avons "ce désir à la fois douloureux et puéril de trouver un havre de paix, un lieu où on est en sécurité, un univers parallèle où les contraintes et les mauvais coups du monde ne nous atteignent pas"

Neuf 22,00
Occasion 17,60
Conseillé par (Lettre et merveilles)
25 novembre 2023

"Comment tu t'appelles, fiston ?"

L'uns des non moindres vertu de la lecture du beau "Le dimanche du souvenir", de Darragh McKeon est de nous rappeler que les conflits nationalistes #guerresciviles se finissent toujours, quelque soient les solutions trouvées, mais qu'en revanche, le mécanisme mortifère qui consiste à enfermer son voisin dans une identité détestée laisse au fond des coeurs des uns et des autres, des traces traumatiques indélébiles.
Simon Hanlon, architecte d'origine irlandaise, vit à New York et subit de nouveau des crises d'épilepsie après des années tranquilles. Il avait 15 ans et habitait l'Irlande du Nord quand la première crise est apparue, juste après un attentat commis par l'IRA, en novembre 87, dans sa ville natale d'Enniskillen, ou 11 personnes furent tuées et 63 grièvement blessées.
Quelques jours avant, le jeune Simon, campant sur une ile du lac de Lough Erne, avait surpris des membres de l'IRA en planque "Comment tu t'appelles, fiston ?", l'interroge l'un d'entre eux, Brendan. S'il avait parlé, il aurait peut-être évité cet attentat. Il deviendra épileptique. Avec une grand maîtrise de la construction romanesque, Darragh McKeon, bascule la deuxième partie de son roman autour du personnage de Brendan, jeune paysan aspirant à une vie simple et heureuse, et qui, révolté par l'intransigeance cruelle de Margaret Thatcher avec les grévistes de la faim républicains, finira par laisser grandir en lui la haine de l'autre. Le personnage de Brendan est vu à travers les yeux de Simon, et c'est dans ce chemin fait par "la victime" vers "le coupable" que le roman de Darragh McKeon trouve une bouleversante et necessaire universalité.

Conseillé par (Lettre et merveilles)
15 novembre 2023

Au coeur de l'intime.

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Avec "La justice des hommes", paru chez Editions POL, Santiago Amigorena nous raconte l'histoire si simple et si universelle d'un couple en crise. Aurélien, suite à une dispute particulièrement forte, commet un acte aberrant qui l'emmène 9 mois en prison. Après avoir refusé de voir sa compagne Alice pendant toute sa détention, il sort de prison et rongé par la culpabilité, est incapable de retourner chez lui, ignorant que sa petite fille de 6 ans a cessé de parler, depuis cette soirée fatale. Comment retisser un dialogue, et un futur pour ce couple traumatisé. Comment réussir à rétablir un dialogue fragile, alors que leur entourage les presse de faire appel à la Justice. Et que fera la Justice, dans cette affaire qui relève de la plus grande intimité. Est-elle la seule, à pouvoir, justement au nom de la "justice des hommes" à pouvoir trouver une solution dans l'intérêt des enfants, ou au contraire, risque t-elle de tout compliquer ?
Santiago Amigorena est un grand écrivain de l'intime, de l'intériorité et de la complexité des sentiments, et l'on est très souvent bouleversés à la lecture de cette aventure si humaine.

"Qu'est ce qui est est juste, quand on ne veut plus la même chose qu'on voulait ensemble ? Qu'est ce qui est juste quand on ne sait plus ce qu'on veut, puisque ce qu'on voulait avant, on le voulait à deux ? Qu'est ce qui est juste quand on ne s'aime plus, mais qu'on n'est pas des loups l'un pour l'autre ? Qu'est-ce qui est juste, quand on est un homme et une femme - simplement un homme, simplement une femme ? "

Conseillé par (Lettre et merveilles)
26 août 2023

De sang, d'or, et de mort

Encore une fois, avec "Le portrait de mariage" Belfond, la grande Maggie O'Farrell, dont nous avons tant aimé Hamnet, ou encore I am Iam Iam nous emporte avec le destin de Lucrèce de Médicis, si sensible, si forte, et à la vie si courte. Lucrèce n'aurait jamais du épouser le Duc de Ferrare, avec lequel son père Cosme de Médicis souhaite composer une alliance prometteuse, si sa soeur ainée n'était pas morte prématurément. Qu'a cela ne tienne pour ses parents, et bien sûr quelque soit son avis, on marie Lucrèce, 15 ans, avec le Duc de Ferrare, puissant, ombrageux et obsédé par sa succession. Un an plus tard, la jeune Lucrèce ne sera plus et n'en reste que son portrait, peint par Le Bronzino, le très beau poème de Robert Browning, The Last Duchess ("She had
A heart—how shall I say?")
et maintenant le roman de Maggie O'Farrell.
Elle accomplit ce prodige de nous glisser dans l'intériorité de Lucrèce. Le livre se lit comme "la chronique d'une mort annoncée", et nous ne lâchons pas la main de cette jeune fille empêchée, qui découvre les aspects sombres et somptueux de la riche cour de Ferrare, la beauté de ses palais et de ses jardins, ses intrigues brutales et les différents visages d'un époux ambitieux, impitoyable, et grand amateur d'art. Magnifique plongée dans les beautés et les cruautés de la Renaissance Italienne.