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Fabien B.

Conseillé par (Fontaine Luberon)
7 novembre 2022

"Nous sommes dans l'autre monde maintenant"

Matthieu Bonhomme excelle dans les atmosphères maritimes et dès le premier tome "L'île de Brac" le lecteur est pris dans les mailles d'une histoire aux allures de légende.
Le marquis d'Anaon "naît" d'ailleurs dans les brumes de cette première aventure et va s'affirmer au fil des épreuves posées sur son chemin par des auteurs exigeants.
La complicité évidente de Velhmann et Bonhomme rendent cette saga très attachante... un sentiment persiste longtemps après sa lecture, on ne peut pas oublier le marquis.
L'intégrale affirme la profonde cohérence de cet univers tout en nuances et l'on se prend à espérer que Jean-Baptiste Poulain, cet humaniste qui se tient sur un fil ténu entre science et croyance ne s'est que momentanément éclipsé.

Conseillé par (Fontaine Luberon)
28 octobre 2022

"L'art n'est rien s'il ne force le réel...

...seul l'homme a éteint son feu".
Rochette s'est surpassé et nous livre un récit dense ou chaque mot est pesé. Il sonde les profondeurs de la mémoire humaine et tisse une histoire aux ramifications multiples qui prennent leurs sources en un temps où l'homme craignait et respectait l'ours.
Au cours des siècles le monde a glissé vers une marchandisation effrénée et bientôt l'homme aura tout dévoré. "Même les forêts sont devenues trop petites pour cacher les ours et ceux qui s'aiment..."
Si l'homme a tué la magie en s'éloignant de ses origines la beauté peut encore éclore des mains d'une artiste sincère. Sur le haut plateau du Vercors l'amour de Jeanne et d'Édouard va s'épanouir au cœur d'une nature immense et immuable.
Rochette met en scène la possibilité d'une entente entre l'homme et son environnement.
Après "Ailefroide altitude 3954" qui s'ouvrait sur un tableau de Soutine, Rochette convoque à nouveau le peintre pour mettre à jour "la chair du monde". Comme lui il malaxe les teintes et les matières pour arriver à ce rendu brut, rugueux, chargé d'intensité. Son noir cache autant qu'il montre, ses silences nous étreignent.
S'il y a un secret caché dans les plis de la montagne peut-être faut-il aussi en chercher un dans les regards des animaux qui semblent nous dire : "je suis un autre mais je suis là".

Neuf 18,00
Occasion 11,00
Conseillé par (Fontaine Luberon)
27 octobre 2022

Un pacte à inventer

Nouvelle réussite de l'auteur d' "Ailefroide altitude 3954". Un récit dense et minimaliste qui gagne en tension au fil des pages à la manière d'une nouvelle de Jack London.
D'une rivalité haineuse avec la bête, qui prend ses sources dans les maux causés par une société prédatrice, le berger Gaspard saura puiser au fond de lui une autre sensibilité qui l'amènera vers une forme de réconciliation. Le chemin sera difficile et douloureux avant qu'il ne comprenne qu'ils sont tous les deux des animaux blessés.
Compréhension, réciprocité, cohabitation : l'indispensable postface de Baptiste Morizot éclaire finement les enjeux du récit.

28,00
Conseillé par (Fontaine Luberon)
24 octobre 2022

La montagne en soi

"Ailefroide altitude 3954" : le titre mystérieux du livre annonce déjà une promesse d'évasion vers un lieu inconnu, une étrange verticalité source de rêves et d'une angoisse diffuse...
Dès les premières pages on assiste à la collision d'un enfant avec une toile de Soutine. Une peinture, un regard et le lecteur sent déjà qu'il est en présence d'une œuvre habitée.
Le dessin permet de représenter le monde, la montagne de s'y confronter.
Rochette construit au fil des pages l'affirmation d'une personnalité en quête de repères. La rencontre avec La Montagne cet organisme vivant de plusieurs millions d'années va fasciner l'enfant.
Ailefroide c'est une histoire de gosses à la Mark Twain dans laquelle Rochette ressuscite les amis disparus et évoque par touches subtiles le petit monde des gens qui fréquentent la montagne.
Catharsis évidente qui nous touche au cœur par sa profonde sincérité et qui va amener l'auteur vers de nouvelles cimes.

Conseillé par (Fontaine Luberon)
25 septembre 2022

Une enfance sacrifiée

1964. Famille Mc Farland. Le sergent Elias Mc Farland recrute le jeune Bobby Bailey visiblement désorienté et sans attaches. Le candidat parfait pour le projet Prométhée, un programme expérimental secret du gouvernement américain. Peu de temps après Elias est pris de remords et comprend qu'il a envoyé Bobby vers un sort peu enviable. Sa femme Bess voit son mari se replier sur lui-même, le soir il disparaît à la cave et semble parler avec quelqu'un...
1949. Famille Bailey. Cela fait quatre ans que la Seconde Guerre Mondiale est terminée mais c'est seulement maintenant que Tom Bailey rentre chez lui. L'homme qui revient auprès de Janet son épouse n'est plus le même. Violent, colérique, cruel, grossier envers sa femme et son fils Bobby, Tom Bailey semble être devenu fou...
Barry Windsor-Smith signe un roman graphique d'une rare intensité. Lecteurs sensibles attention, certaines séquences peuvent être insoutenables.
L'auteur explore les failles obscures de la nature humaine. Quand l'homme se prend pour un démiurge en manipulant le vivant il engendre des monstres. Ce récit est une sorte de FRANKENSTEIN à la puissance 10. Barry Windsor-Smith analyse finement les traumatismes qui innervent nos sociétés modernes : la maltraitance, le racisme, les violences conjugales et tous les maux nés d'un pouvoir corrompu par le mal.
L'auteur ouvre des tiroirs chargés d'angoisse, de haine, de cruauté et de folie qu'il introduit dans les différents épisodes - tous vraiment sidérants - en faisant preuve d'une science achevée pour le drame et le suspense. Il réussit même l'exploit d'introduire le thème du paranormal, plus précisément celui de la vision, à travers trois générations de la famille Mc Farland. Par eux le récit s'unifie, le passé et le présent se rejoignent et les moindres détails dispersés dans le récit trouvent leur place.
Publié en 2020 aux États-Unis après une gestation de plus de trente ans, MONSTRES est l'œuvre d'un auteur au fait de son art graphique et narratif. Une pièce majeure du neuvième art.