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France M.

De Platon à Russell : Monsieur Phi réveille les classiques

Seuil

20,00
par (La Fabrique à Rêves)
20 octobre 2021

Que vous vouliez découvrir la philosophie, ou que vous vouliez cultiver votre intérêt pour ce sujet, Curiosité philosophique, de Platon à Russel, s’adresse à vous.

Si vous ne connaissez pas Thibaut Giraud, son auteur, peut-être connaissez-vous la chaîne Youtube Monsieur Phi. C’est en 2016, la même année où il soutient sa thèse de doctorat, que Thibaut Giraud lance sa chaîne de vulgarisation, à laquelle il se consacrera pleinement dès 2017 tout en mettant un terme à sa carrière d’enseignant de lycée.

Chaque chapitre tourne autour d’un auteur classique de la philosophie occidentale. Mais loin d’une grande présentation scolaire et ennuyante, Thibaut Giraud aborde à notre intention un aspect singulier, intriguant ou inattendu dans la pensée de chacun de ces auteurs.

Avec sa vingtaine de chapitres pour couvrir les 25 siècles qui séparent Platon de Russel, quelques auteurs et quelques périodes ont dû être sacrifiés, à commencer par le Moyen Âge que Thibaut Giraud confesse bien volontiers très mal connaître. Un philosophe qui préfère ne pas s’étendre sur ce qu’il ne connaît pas, voilà qui nous change de certains philosophes de plateaux télé !

Et même s’il ne faut donc pas espérer trouver dans cet ouvrage l’alpha et l’oméga de la philosophie occidentale, il est tout de même à noter qu’il s’ouvre avec la critique radicale de l’écriture de Platon (et donc du livre lui-même) et se termine avec la question de la valeur de la philosophie chez Russel. Voilà de quoi, j’espère, vous mettre en appétit.

À noter enfin que chaque chapitre se conclut par des conseils de lecture commentés, de quoi allonger votre liste de livres à lire ;)

par (La Fabrique à Rêves)
13 octobre 2021

Métal hurlant fut un magazine publié par les Humanoïdes associés entre 1975 et 1987, puis entre 2002 et 2004, et son nom a des allures de référence culte pour tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la science-fiction. Les plus jeunes se souviendront peut-être de la série Métal hurlant chronicles, diffusée sur France 4 en 2012 et constituée de 12 épisodes, chacun adaptant une histoire parue dans le magazine. Cette nouvelle fournée, en cette année 2021, nous parvient grâce à un financement participatif qui a crevé les plafonds.

Ce premier numéro est consacré au near future, autrement dit à l’anticipation proche. Le magazine est découpé en deux parties : une série d’articles de spécialistes d’une soixantaine de pages, et un bon gros 200 pages de BD. La répartition aurait pu éventuellement se faire autrement : lire un paquet d’articles portant sur des sujets aussi divers que l’architecture dans l’anticipation, les NFT et une interview de William Gibson, tout ça d’affilée, ce peut être un peu plombant, et alterner BD et articles aurait peut-être pu alléger la lecture. Les articles restent ceci dit intéressants et bien travaillés, et l’on en sortira avec plus d’une référence mise de côté pour de futures lectures, ou visionnages.

La partie BD contient pas moins de 22 histoires, écrites et dessinées aussi bien par des auteurs confirmés (on note la présence de Mathieu Bablet, auteur de Carbone & Silicium) que par des jeunes auteurs. Les nouvelles sont courtes, une dizaine de pages tout au plus, et sont quasiment toujours des histoires à chute.

Évidemment, certaines préférences se font : pour E-ballade, de Merwan et Sandrine Bonini, une randonnée en forêt de Rambouillet à travers le prisme du smartphone (et ça tourne mal) ; pour Ces mains qui nourrissent de Samia Marshy et Lee Lai, qui imagine la privatisation des semences jusqu’au bout ; pour La vie quotidienne de Matt Fraction et Afif Khaled, qui aborde le sujet des violences faites aux femmes mêlé à celui de la domotique ; et pour deux histoires très émouvantes : Replica.I, de Mark Waid et Julien Perron, où une jeune femme incapable de faire son deuil crée une réplique virtuelle et interactive à l’image de sa défunte mère ; et Delete de Sergio Salma et Carole Maurel, qui aborde la possibilité de manipuler sa mémoire pour mieux supporter le deuil d’un enfant. Une grande diversité donc, qui est très appréciable.

On peut néanmoins parler de qualité inégale - je suis sortie de certaines histoires en me demandant tout simplement « Mais qu’est-ce que je viens de lire ? » tandis que d’autres étaient habilement menées pour un nombre de pages aussi court. Mais c’est peut-être là uniquement une question de goût. Un tel foisonnement d’auteurs, de thèmes et de styles différents ne peut tout simplement pas convaincre une personne sur sa totalité, et chacun aura forcément sa préférence, qu’elle soit visuelle ou narrative. Les bonnes surprises restent toutefois majoritaires, et l’ouvrage vaut par conséquent l’investissement.

Trademark 3

3

Le Bélial

19,90
par (La Fabrique à Rêves)
6 octobre 2021

Mort™, conclusion de la trilogie Trademark commencée avec Bonheur™ en 2018 et Vie™ en 2019, est enfin arrivé en rayon la semaine dernière. S’il était prévu, et l’éditeur le rappelle d’ailleurs en préface, que les trois tomes puissent se lire indépendamment, on se permettra d’émettre un petit doute tout à fait personnel à ce sujet : le tome peut effectivement se lire seul sans problème, mais ce serait passer à côté d’un certain nombre de références aux précédents. On peut arguer que lire Bonheur™ ou Vie™ après Mort™ peut être une façon d’approfondir l’univers de l’auteur. Cela, seul le lecteur en sera juge.

Si on adopte l’ordre des sorties comme ordre de lecture, Mort™ joue parfaitement son rôle d’apothéose de ce qui a été développé par l’auteur. Le récit évolue du point de vue de trois personnages, qui vivent dans trois zones distinctes, séparées par des murs vertigineux, d’une même capitale.
D’un côté Xiaomi, qui vit à Mande-Ville, l’univers aux allures cyberpunk déjà décrit dans Bonheur™. Là-bas, consommer est non seulement un devoir de citoyen mais aussi une obligation légale, et gare à ceux qui ne dépensent pas assez leurs crédits. Xiaomi est journaliste, et sa ligne éditoriale consiste davantage à générer du clic qu’à exposer une vérité ou une autre (toute ressemblance serait fortuite, etc.).
A Algoripolis, lieu déjà rencontré dans Vie™, réside le citoyen DN493xw, code name Donald Trompe. Là, la vie est purement virtuelle : chaque citoyen vit seul dans son cube de 8m², avale sa pâte nutritive avant de se connecter à son hub et de se mettre à gérer ses temps de vie : d’amour, de travail, de loisirs, d’amitié. Tout ce beau monde est géré par des algorithmes.
La nouveauté de ce tome, c’est la ville de Babel, où vit Rasmiyah. Babel, c’est la zone où habitent ceux qui fondent leur vie non pas sur des algo ou sur la consommation mais sur la religion. On y trouve des quartiers destinés aussi bien aux musulmans qu’aux pastafaristes. Rasmiyah est chaos magicienne, ce qui lui permet de changer régulièrement de religion, ce qui importe pour elle étant plus son acte de foi qu’une foi envers une divinité précise.
Ces trois personnages, vivant pourtant dans des zones réputées imperméables les unes aux autres, vont voir leur vie bouleversée par l’apparition de ce que l’on appelle la M-Théorie. Ce sera une remise en question de leur mode de vie et de leurs croyances.

Après la consommation et le virtuel, Jean Baret s’attaque donc au thème de la religion – étant le nouveau sujet du livre, les chapitres dédiés à Rasmiyah sont souvent plus longs. L’exercice était risqué, et il est de mon humble point de vue entièrement réussit. Le point de vue critique abordé par l’auteur a le mérite d’une certaine objectivité, sans donner de leçons, sans prendre parti. L’auteur pointe néanmoins là où ça fait mal, et le point de vue du personnage de Rasmiyah, qui vivote de religion en religion, était finalement idéal pour aborder l’universalité de la religion, leurs points communs, et leurs incohérences.
Si ceux qui ont lu les tomes précédents marcheront en terrain connu pour ce qui est des deux autres secteurs, avoir abordé l’histoire par le prisme d’autres personnages aux caractères bien différents de ceux des deux autres tomes permet tout de même d’éviter une redite qui pourrait être source d’ennui pour le lecteur. Quelques différences sont même facilement identifiables (la frontière entre les différents tomes étant floue, on restera sans savoir s’il s’agit réellement du même univers que les dits tomes, ou si la chronologie est juste différente). Donald reste différent du mémorable suicidaire du tome 2, Xiaomi est loin du chasseur de fraudes à la consommation du tome 1.
Enfin, on retrouve toute la saveur qui a rendu les deux autres tomes inoubliables pour ceux qui les ont appréciés. Le style de Jean Baret est sans doute particulier à aborder, la répétition montrant l’absurde, et tout va droit au but. Il ne faut pas non plus s’attendre à des pages d’action et de course-poursuite : la trilogie Trademark, c’est aussi de la philosophie, une réflexion sur notre vie du XXIème siècle et ce qu’elle pourrait bientôt devenir, et le récit a l’art de sembler absurde à première vue avant que, en y regardant de plus près, on y trouve un peu trop de similitudes avec nos modes de vie actuels pour ne pas en ressentir une certaine gêne.

Souvent, quand il s’agit d’une série, on finit par être déçu, pas assez surpris, un peu lassé. Ce n’est pas le cas ici, le triptyque se referme avec brio, et le seul regret de ceux qui apprécieront l’œuvre sera sans doute de se dire qu’elle est terminée. Trademark est, depuis son premier volume en 2018, un OVNI dans le paysage des littératures de l’imaginaire, et un must-read pour quiconque apprécie le genre. Ceux qui y sont d’habitude imperméables ne devraient pas passer leur chemin pour autant, tant les thèmes abordés sont universels et proches de nous. Le texte ne plaira pas à tout le monde, mais il marquera sans doute la majorité de ceux qui s’y risqueront.

20,50
par (La Fabrique à Rêves)
29 septembre 2021

Lizzie est bibliothécaire à Brooklyn, et son quotidien se partage entre ses usagers farfelus (la fille qui vole les rouleaux de papier dans les toilettes, la femme qui a « presque » atteint l’illumination…) et sa famille, notamment son fils, son mari Ben et son frère, ancien toxico et constamment instable. Lizzie est aussi l’assistante de Sylvia, figure montante de la collapsologie, qu’elle accompagne en conférence et pour laquelle elle répond aux nombreux mails qu’elle reçoit.

Autant le dire tout de suite : il n’y a pas d’intrigue à proprement parler. Le roman n’est d’ailleurs pas écrit de manière traditionnelle : pas de longs paragraphes, pas de descriptions des lieux. C’est plutôt une enfilade d’instantanés de la vie de Lizzie, de paragraphes très courts qui sautent d’une idée à l’autre, davantage un reflet du mode de vie effréné d’une citadine moyenne, ce qui colle finalement bien au titre du roman ; Atmosphère est davantage un ressenti de l’Amérique pré-Trumpet qu’une véritable histoire.
Changement climatique, politique, religion, dépendance, paternité, il est étonnant de voir tous les thèmes abordés dans un si court roman, et avec une si grande justesse malgré ce style qui sort des sentiers battus. Lizzie est également une personne dotée d’un certain humour, et capable de pointer les absurdités de la vie avec finesse, sans jamais se positionner en tant que juge. Il est donc assez régalant de suivre le flux de ses pensées au long de ce court roman qui se lit d’un bout à l’autre sans accroc.

A noter qu’Atmosphère est édité par Dalva, toute jeune maison créée en 2021 et qui met à l’honneur des autrices contemporaines. Une belle occasion de découvrir leur travail.

Les enfants indociles - 1

Pygmalion

19,90
par (La Fabrique à Rêves)
19 septembre 2021

Les enfants indociles, ce sont des enfants qui, un jour, ont trouvé une porte menant vers un autre monde. Certains de ces mondes évoqueront au lecteur des contes bien connus, ou des univers mythologiques. Problème : ces enfants en sont revenus et, profondément transformés, déçus d’être rentrés, ils n’aspirent qu’à y retourner. Leur entourage ne les comprend plus, pensent qu’ils sont traumatisés ou fous, et c’est ainsi qu’ils sont envoyés à l’école d’Eleanor West qui prétend pouvoir aider ces enfants à se réadapter socialement. Ce qu’Eleanor West ne dit pas à ces familles désespérées, c’est qu’elle a elle aussi un jour trouvé sa porte.
C’est dans ce contexte que Nancy arrive dans l’institution, et c’est alors qu’une série de meurtres commence à se produire. Elle et ses nouveaux camarades se mettent alors à chercher le coupable.

On pourrait croire que l’histoire s’adresse à la jeunesse ; il n’en est rien. Les meurtres sont brutaux, sanglants, décrits sans fioritures ou états d’âmes. Ces enfants, transformés par leur séjour dans un autre monde, sont bizarrement adultes, et ont la plupart du temps des lubies propres à l’univers dans lequel ils se sont retrouvés – on pense notamment à Jack qui a une certaine passion pour l’anatomie humaine, et les cadavres... On est donc loin, très loin d’un conte de fées ou d’une école façon Harry Potter. L’ambiance est sombre, glauque, on navigue très souvent entre réalité et onirique dans ce huis-clos qu’est l’institut.
Les personnages sont tous hauts en couleur et ont leur personnalité propre – c’est même très habile, considérant que le livre fait 194 pages. Si l’on est familier du genre, le coupable se devine peut-être un peu trop vite, mais le chemin parcouru reste très agréable. Reste un style percutant propre à Seanan McGuire, qui est un peu la cerise sur le gâteau. Un très bon livre à découvrir !