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Librairie N.

Thomas Giraud

J'ai Lu

7,50
par (Librairie Nouvelle)
19 août 2021

Nouveau départ

" Mais maintenant qu'il écoute Considerant avec sa voix tendue, ses gestes qui construisent l'invisible, bâtissent sur du sable des choses dont rien ne dit qu'elles vont tenir, c'est sûr, il va partir. Il n'entend rien de ce que l'on aurait pu lui dire pour le raisonner. "

Au milieu du XIXeme siècle, Victor Considerant, polytechnicien et disciple du philosophe Charles Fourier, parcourt la France afin de recruter des colons pour son grand projet.
Ce sera Réunion, une utopie communautaire inspirée des phalanstères de Fourier, installée près du village de Dallas, au Texas, sur les terres soit-disant vierges et opulentes du Nouveau Monde.

Cinq ans plus tard il ne restera que des ruines de cette belle idée qui devaient révolutionner la manière dont les hommes allaient vivre et travailler ensemble.

Dans ce troisième roman encore une fois minutieusement documenté, Thomas Giraud imagine grâce aux interstices de l'Histoire ce qu'à pu être la vie de ces colons pendant cinq ans.

Il y a bien sûr Victor Considerant, l'inflexible architecte de papier aimant plus que tout son projet, au point de refuser tout espèce d'accommodements malgré les difficultés qui s'amoncellent.
Il y aussi Leroux, le terrien flegmatique et rêveur, pour qui la venue à Réunion est en soi une réussite, ayant pu s'arracher à son héritage atavique de paysan auvergnat.
Mais les personnages principaux chez Thomas Giraud sont les lieux, Réunion, les objets, les éléments, ce sable qui s'insinue partout, et la manière dont les humains interagissent avec.

Ce roman, à la musicalité entêtante, donnant envie de le relire à haute voix pour mieux en percevoir la force, possède aussi la beauté triste des ruines.
Un roman qui, à notre époque où l'horizon politique semble désespérément bouché, interroge le besoin permanent chez l'homme de se réinventer, en allant vivre ailleurs, autrement.

Martin

" Qui n'y serait pas allé à sa place ? Ce n'était pas un besoin, pas même l'évidence, seulement l'ordre des choses, la rondeur du monde qui lui a dit tu iras."

par (Librairie Nouvelle)
19 août 2021

Prix Mémorable 2020

Paru initialement en 1962, Et frappe le père à mort, titre inspiré de Shakespeare, est un roman majeur du courant littéraire des angry young men. Ce 5ème titre de l'écrivain John Wain nous place au cœur de l'Angleterre de la 2nde GM. Alfred Coleman est professeur de grec dans une université de province. Marqué par son expérience des tranchées, la vie est faite pour lui de principes et d'un amour de la culture porté au pinacle. Plus de refuge possible dans la religion après la boucherie certes, mais la civilisation du loisir n'a pas encore frappée aux portes du sévère professeur pour qui le travail passe avant le repos. Son fils, Jeremy, a été autant façonné par ce père rigide que par l'absence d'une mère. Il cherche à bien faire mais le piano le ramène inlassablement au jazz, un loisir "pas sérieux". Il décide alors un jour de prendre la clé des champs. La rupture est consommée, Jeremy devra cheminer seul, rencontrant d'autres figures tutélaires, Tim le manager mythomane, et surtout Percy, le jazzmen afro-americain virtuose du trombone. Cette querelle multiseculaire, l'affrontement d'un fils avide de liberté contre son père rigide et autoritaire dépassé par la vitalité de son enfant et par un paradigme de valeurs étranger à la civilisation qui l'a vu naître, se voit ici magnifier par des personnalités complexes refusant de transiger sur leur vision du monde. Ce roman polyphonique sur fond de Blitz et de jazz dans des boîtes de nuit enfumées, de Londres au Paris de St-Germain des Prés, est donc une franche réussite tant dans sa construction, alternant les points de vue d'Alfred, Jeremy et de sa tante Eleanor, que dans son discours prônant la rébellion mais aussi la réconciliation. Martin Le travail des éditions du Typhon vient d'être salué récemment par l'obtention du Prix Memorable qui vise à promouvoir le travail d'éditeurs tirant de l'oubli des textes importants.

7,90
par (Librairie Nouvelle)
13 mai 2021

" Et alors, elle est réelle? "

Existe-t-il une différence de nature entre la vérité et le réel ? Y a-t-il une place pour un faux véridique, plus vrai que vrai, en particulier dans la fiction ? Cela importe t-il vraiment au lecteur que nous sommes ?

À l'instar d'une carte, représentation faussée d'une sphère sur une surface plane, le narrateur de ce poignant roman va tenter de résoudre ce hiatus en menant l'enquête autour de Rosamond, ville éthérée puisque de papier.

Sa création au début du XX eme siècle est l'œuvre du cartographe Desmond Crothers, contraction de son prénom et de Rosamelia, sa fiancée, symbole de leur union. Nous voilà alors lancés sur les traces d'un lieu n'ayant aucune existence légale certes, mais regorgeant de présences humaines. D'un concours tragique de Miss au projet fou de Walt Disney, des photos de Stephen King sur place à la présence supposée de Jimi Hendrix et d'une communauté hippie, cette collection d'indices donne vie au tableau d'une (presque) ville, un tiers lieu existant sur un autre plan que la géographie physique.

Émouvant et tendre hommage aux vertus et à la puissance de la fiction pour ancrer dans notre imaginaire et notre mémoire un lieu au-delà du réel. Rosamond n'est pas près de sombrer dans l'oubli auprès des lecteurs de ce roman, réalisant ainsi le souhait de son narrateur. Avez-vous vous aussi été en présence de lieux imaginaires qui semblent plus vrai que certains endroits physiques ?

Martin

" Des gens qu'il faudrait ne pas oublier, il y en a tellement, des centaines de milliers, des millions. Mais que veux-tu, c'est plus fort que moi. Je ne leur redonne pas vie, c'est sûr, mais je serais déjà incroyablement fier si je faisais en sorte qu'ils continuent d'exister dans l'esprit d'une poignée de lecteurs fascinés par cette histoire. Ce serait même, je crois, ma plus grande fierté. "

par (Librairie Nouvelle)
13 mai 2021

Une certaine idée de la France

UNE CERTAINE IDÉE DE LA FRANCE]

" Il y a les livres qui existent et les livres qui n'existent pas ; mais entre les deux, il y a encore la place pour certains livres d'un genre intermédiaire, qu'on serait bien en peine de classer dans l'une ou l'autre de ces deux catégories. Des livres qui existent à peine, des livres qui flottent dans les limbes de la thermosphère littéraire et qui se soustraient sans cesse à nos efforts pour les saisir. Des livres ontologiquement indécidables et qui subsistent pourtant à leur façon, comme une promesse, comme un rêve, comme un espoir. "

Promesse tenue pour ce premier roman exaltant et diablement malin, qui nous arrive précédé d'une campagne virale d'affichage sauvage à travers toute la France.

De quoi s'agit-il alors ? D'un roman en onze chapitres, onze documents qui ont pour objectif apparent de répondre à cette question :
De quoi Francis Rissin est-il le nom ?

Un jour, la France se réveille pavoisée d'affiches électorales au nom de Francis Rssin, et bientôt une frénésie emportant tout sur son passage va porter ce mystérieux personnage au sommet.

Le lecteur va alors devoir naviguer entre les genres (étude littéraire, roman noir, hagiographie, fantastique, comique ), tentant de restreindre la nature de l'objet Francis Rissin à travers ces esquisses toujours renouvelées. Est-ce un homme, une idée, un mythe, un sauveur providentiel, voire un dieu ?

Il serait dommage d'en dire plus, et plus encore de passer à côté de ce roman vibrionnant à l'ambition littéraire démesurée et au discours politique assumé, un des plus grands textes de cette rentrée littéraire (mais il serait paru en avril qu'il en irait de même selon moi).
Francis Rissin c'est vous, c'est moi, c'est Chirac en mieux, c'est la France dans tout ce qu'elle peut produire de beau, de fantasque et d'abject.

Martin

" Est-ce que c'était toujours aussi facile, de faire la révolution ? "

par (Librairie Nouvelle)
22 janvier 2021

Le silence et l'exil

Buenos Aires, années 30. Vicente Rosenberg a quitté sa Pologne natale et sa famille pour laisser derrière lui les démons du Vieux Continent. Au café Tortoni où il retrouve ses amis pour lire les dernières nouvelles en provenance d'Europe, un doute commence à l'assaillir sur la sécurité de sa famille. Santiago Amigorena nous donne à voir la culpabilité de cet homme, son grand-père, qu'un océan et un conflit mondial séparent de sa famille. Emmuré vivant dans un silence qui va s'épaississant, il est emprisonné par ce ghetto intérieur que sont les remords de l'expatrié, cette malédiction du survivant. L'auteur creuse avec pudeur les plaies qui tenaillent les rescapés de l'Histoire et nous plonge dans l'enfer de la faute vécue comme irréparable. Il nous livre un texte magnifique de retenue, de justesse, et qui m'a profondément touché.

Martin

" C'est sans doute une des caractéristiques les plus singulières de l'être humain : de même que le corps lorsqu'on lui inflige trop de souffrance ou lorsqu'il est trop affaibli s'éteint momentanément par l'évanouissement pour pouvoir, comme une simple machine, se rallumer et repartir, l'esprit aussi, lorsque la douleur et l'impuissance sont trop fortes, s'assombrit, s'assourdit, se referme pour survivre, - quelque chose qui est encore humain et qui ne l'est déjà plus, quelque chose qui est encore nous-mêmes et qui n'est déjà plus personne. "