Climats de France

Climats de France

Marie Richeux

Sabine Wespieser

  • 24 septembre 2017

    Dans ce roman lumineux en forme d’enquête, Marie Richeux raconte la mémoire de deux cités ayant un bâtisseur commun, à Meudon-la-Forêt et à Alger. La même pierre pour une même utopie : rendre les gens heureux, selon le souhait de l’urbaniste Fernand Pouillon.

    **Des pierres et des hommes**

    A l’occasion d’un voyage à Alger, Marie y découvre la plus grande cité baptisée « Climat de France », construite à la demande du maire de l’époque, en 1954. Elle reconnaît la même pierre de taille issue des carrières de Fontvieille, qu’à la résidence du Parc de Meudon-la-Forêt où elle a grandi ; et pour cause, c’est l’architecte Fernand Pouillon qui a réalisé les deux ensembles urbanistiques. Cette ressemblance est fascinante, Marie y voit un rapprochement tangible et symbolique entre les deux pays.

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  • par (Librairie La Buissonnière)
    27 juillet 2017

    Architecture des existences

    Une jeune française éprouve un choc psychologique devant une cité à Alger. Pour comprendre son émotion elle entreprend une enquête intime qui permet à Marie Richeux de s'emparer de la question franco-algérienne avec pudeur et délicatesse.

    "Climats de France" confirme les qualités littéraires que l'on avait décelées dans les deux premiers livres de l'auteure. On y retrouve la même puissance évocatrice, le même souffle poétique, son goût pour les formes courtes, son esthétique du tâtonnement jusqu'à l'exactitude, sa capacité à convoquer les mythes, sa propension à faire parler les absents et à densifier le silence. Mais, comme un animal ayant réalisé sa mue, Marie Richeux s'est débarrassée d'une forme de cérébralisme qui alourdissait ses précédentes narrations. Elle a de surcroît trouvé l'antidote au caractère parcellaire que son écriture fragmentaire générait. Parvenant à donner de la tenue et de la cohérence à un récit pourtant polyphonique, elle a tissé un texte qui, formellement, a la beauté, la délicatesse et la solidité d'une toile d'araignée. Quatre trajectoires la dessinent. La première est celle des lieux : de Meudon-la-Foret à Alger, elle dévoile de manière sensible les enjeux de l'urbanisme d'après-guerre et donne à voir à quel point s'entrechoquent fantasmes et réalités sociales. La deuxième est celle de l'histoire : colonisation, guerre d'Algérie, indépendance, immigration sont évoquées à travers le prisme de l'intime et du vécu. La troisième est celle des individus : du projet migratoire subi de Malek (qui représente la "première génération") au destin funeste de son fils Abdelkader, puis de Fernand Pouillon (le grand architecte) à Marie qui vit dans la "cité heureuse" qu'il a construite, des liens se nouent, inattendus et troublants. Enfin la quatrième, la moins évidente mais la plus touchante : celle de la parole, qui fait basculer les êtres du silence et de l'oubli à l'échange et à la révélation par le verbe. On connaissait la voix "physique" de Marie Richeux, on se délectera désormais de sa voix d'écrivain abouti.