www.leslibraires.fr
Regarde les lumières, mon amour

Regarde les lumières, mon amour

Annie Ernaux

Raconter la vie

  • 7 juillet 2015

    Annie Ernaux - son mot préféré : « Lumière »

    Un mot immense et doré qui contient tout ce qu'il y a de beau et de bien dans le monde. Les étoiles, la lueur de l'aube, le vitrail, les illuminations de Noël. Et aussi les idées, l'art, le progrès de l'humanité Cette réalité impalpable - dont la disparition le 11 août 1999 en plein midi a donné une impression de fin du monde - je la vois répandue sur la cohorte infinie des gens qui m'ont précédée, sur les jours de fête et les dimanches. La mémoire est lumière.
    Je vois l'écriture comme l'effort têtu de creuser un souterrain vers la lumière.

    Annie Ernaux

    (Contenu publié avec la collaboration du site www.lesmotsdeslivres.fr)


  • par
    20 janvier 2015

    Ce n'est pas un guide pour savoir se conduire dans une grande surface, ni un reportage à l'intérieur d'un grand magasin pour en découvrir les arcanes. Aucune remarque sur les pratiques marchandes parfois douteuses de la profession. En tant que tel, on ne lit rien de vraiment nouveau pour peu qu'on fréquente les hypermarchés. Annie Ernaux écrit son journal comme chacun d'entre nous consommateur pourrait le faire, mais elle se focalise sur l'humain, sur la clientèle, sa manière de se mouvoir, de se saisir d'un objet, de se parler, de rester dubitatif devant une offre commerciale ou un trop grand choix de denrées. Le centre commercial des Trois-Fontaines est le plus grand du Val-d'Oise, très fréquenté, on peut y accéder par quasiment tous les moyens de transport possibles (RER, à pieds, par l'autoroute, ....), il offre également une amplitude horaire d'ouverture très large, tout cela facilitant une forte fréquentation.

    Annie Ernaux décrit ses visites au Trois-Fontaines, on frise le quotidien, le banal, mais toujours une réflexion ressort qui élève la stricte description de la liste des courses. C'est par exemple le questionnement sur le fait d'écrire "Une femme noire en longue robe à fleurs...", est-ce important de préciser la couleur de sa peau ou juste le fait qu'elle soit femme : "Je suis devant un choix qui, singulièrement aujourd'hui, engage la lecture qui sera faite de ce journal." (p.21) ; ou alors cette autre réflexion lorsque l'auteure se retrouve à faire ses courses un soir après 20 heures et que les allées du centre commercial sont fréquentées par des étudiants ou des "femmes en longues robes et voiles amples toujours accompagnées d'un homme.", des gens chics que l'on ne voit pas en journée se mélanger aux 130 nationalités que compte Cergy, alors Annie Ernaux conclut son paragraphe : "Depuis quinze ans, ce n'est pas la présence des "minorités visibles" que je remarque dans un lieu, c'est leur absence." (p.38) Dire que c'est l'absence des différences qui marque me plaît particulièrement surtout en ces moments ou la peur et la haine des autres montent un peu partout dans le monde ; on ne s'enrichit que dans le métissage et dans la connaissance d'autrui.

    J'avais lu ici ou là pas mal d'articles sur ce livre, parfois enthousiastes, parfois beaucoup moins : babelio, libfly, je rajoute donc mon grain de sel, très favorable (j'ai toujours un a priori positif pour les livres d'Annie Ernaux) et je conclus en comblant le souhait de l'auteure qui, sortant du rayon culturel pour se diriger vers les caisses se pose la question de l'achat du livre en grande surface : "Après tout, déposer un livre sur le tapis de la caisse me gêne toujours, comme un sacrilège. Je serais pourtant heureuse d'y voir un des miens, extirpé d'un caddie, glisser entre une plaquette de beurre et des collants." (p. 62) ; je ne peux confirmer pour les collants, mais le beurre et Regarde les lumières mon amour étaient bien, il y a quelques mois sur le tapis de la caisse du Super U que je visite régulièrement (le beurre est fini depuis longtemps, heureusement, le livre tout juste il y a quelques jours, mais il n'a pas de date de péremption…)


  • par (Le Pain des Rêves)
    23 juillet 2014

    Le projet de la collection "Raconter la vie" est de "répondre au besoin de voir des vies ordinaires racontées". Nous allons tous dans des hypermarchés. Alors, qu'Annie Ernaux raconte la vie dans un grand magasin signifierait-il que nous avons une vie de consommateur qui s'ajoute malgré nous à notre vie professionnelle, familiale, sociale ? Une vie qui nous échapperait et qui serait commandée et maîtrisée par les forces obscures de la grande distribution ? Oui, certainement... C'est ce qu'Annie Ernaux nous dévoile et nous montre, avec talent.

    On pourra lire sur un même sujet : Décor Lafayette, de Anne Savelli, publié en 2013 aux éditions Inculte. (256 p.)


  • par (Librairie l'Esperluète)
    26 avril 2014

    Regarde les lumières mon amour

    un hypermarché Auchan et une myriade de sensations... Annie Ernaux ou l'art de la note sensible.


  • par (Fontaine Passy)
    27 mars 2014

    Au spectacle

    Annie Ernaux s'attarde dans les allées du centre commercial. Elle nous fait partager quelques unes de ces venues au centre commercial de Cergy, les Trois-Fontaines. Les apparences s'y croisent, le temps s'y consume dans une unique frénésie, la consommation.

    La nouvelle publication de la collection de Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz touche encore une fois au but. C'est une tranche de vie racontée au plus près, le récit d'une habitude et d'un mode de consommation adopté par une très grande majorité.

    On notera l'accent mis par l'auteur sur un centre commercial prescripteur de nos achats, comme une force silencieuse et créatrice de toutes nos envies. Toute en observant les pratiques au sein du centre commercial, Annie Ernaux met à jour les mécanismes assez effrayants de notre société de consommation.


  • par (Fontaine Passy)
    27 mars 2014

    Au spectacle

    Annie Ernaux s'attarde dans les allées du centre commercial. Elle nous fait partager quelques unes de ces venues au centre commercial de Cergy, les Trois-Fontaines. Les apparences s'y croisent, le temps s'y consume dans une unique frénésie, la consommation.

    La nouvelle publication de la collection de Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz touche encore une fois au but. C'est une tranche de vie racontée au plus près, le récit d'une habitude et d'un mode de consommation adopté par une très grande majorité.

    On notera l'accent mis par l'auteur sur un centre commercial prescripteur de nos achats, comme une force silencieuse et créatrice de toutes nos envies. Tout en observant les pratiques au sein du centre commercial, Annie Ernaux met à jour les mécanismes assez effrayants de notre société de consommation.


  • 27 mars 2014

    "Voilà pour la physionomie des lieux que, à mon habitude, j'ai parcourus avec ma liste de courses à la main, m'efforçant simplement de prêter une attention plus soutenue que d'ordinaire , à tous les acteurs de cet espace, employés et clients, ainsi qu'aux stratégies commerciales. Pas d'enquête ni d'exploration systématiques, donc mais un journal, forme qui correspond le plus à mon tempérament, porté à la capture impressionniste des choses et des gens, des atmosphères. Un relevé libre d'observations, de sensations, pour tenter de saisir quelque chose de la vie qui se déroule là."

    Durant une année, Annie Ernaux a consigné dans un journal ses déplacements à l'hypermarché d'Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situé en région parisienne "Or, quand je regarde derrière moi, je me rends compte qu'à chaque période de ma vie sont associées des images de grandes surfaces commerciales, avec des scènes, des rencontres, des gens". Avec la précision et le souci de vérité qu'on lui connaît, elle veut donner à ceux qui "hantent le même espace qu'elle l'existence et la visibilité auxquelles ils ont droit". Les Trois-Fontaines un temple de la consommation où l'on vient faire ses courses mais aussi flâner, briser la solitude. L'hypermarché de Cergy brasse plus d'un centaine de nationalités "nous constituons ici une communauté de désirs. Chacun a ses habitudes, ses horaires, "L'hyper s'adapte à la diversité culturelle de la clientèle, suit scrupuleusement ses fêtes. Aucune éthique la-dedans, juste du "marketing "ethnique".

    Du client devant une caisse automatique récalcitrante à celui qui hésite entre deux files, jaugeant le contenu des caddies et la rapidité des caissières pour perdre le moins de temps possible, ou de la personne qui s'en tient à sa liste de courses ou cède face aux multiples offres, chacun se reconnaîtra dans ce journal. Les achats révèlent l'intime mais aussi nos manières de consommer.
    L'hypermarché un lieu où on l'on devance l'envie d'acheter du client : fournitures de rentrée de rentrée scolaire présentes dans les rayons deux mois à l'avance, où "fausses" promotions donnent l'impression au client de faire une affaire.
    Journal social où elle décrit le coin librairie qui se résume aux best-sellers et où il est interdit de lire ou de feuilleter livres ou journaux, et où elle dénonce le façonnage des enfants avec les jouets de Noël ( aux garçons les jeux d'aventure et aux petites filles les répliques miniatures de ce que possède la mère).

    "Ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans hypermarché ne connaissent pas la réalité sociale de la France". Cette phrase résume on ne peux mieux la diversité des personnes qui fréquentent les hypermarchés.
    Un récit juste et réaliste !