www.leslibraires.fr

Laure M.

24,80
Conseillé par (Librairie Dialogues)
5 juin 2024

Un roman élégant, sensible et audacieux

C’est d’abord un roman sensible et élégant. À nouveau, Tracy Chevalier nous invite à découvrir une page passionnante de l’Histoire. Elle nous la décrit au moyen d’une écriture gracieuse et précise. Et elle nous la raconte à travers le destin d’une femme forte. Cette femme s’appelle Orsola Rosso et la fileuse de verre, c’est elle. Fille cadette d’une famille de verriers établie sur l’île de Murano, elle va devenir une de ses femmes qui fabriquent dans l’ombre des perles de verre.
En effet, Murano, une île voisine de Venise, est réputée pour abriter des maîtres verriers qui ont su dompter le verre et l’exporter dans le monde. Si les hommes seuls peuvent souffler le verre, certaines femmes désireuses d’apprendre et d’apporter leur contribution, développent leur propre talent en fabriquant ainsi les perles de verre. Orsola va donc se spécialiser dans la création de celles-ci. Avec pugnacité ! Sa persévérance et son talent vont permettre à sa famille de survivre à de nombreuses difficultés qu’apportent les accords commerciaux, les guerres et les épidémies. Et la famille Rosso en a connu beaucoup car elle traverse les siècles. C’est l’originalité de ce roman, alors audacieux et ambitieux. Sur la Cité des Eaux le temps est autre, il s’écoule à une vitesse différente du reste du monde. Dès lors, l’existence d’Orsola et de ses proches est narrée de 1486 jusqu’à nos jours. Elle traverse les époques et s’adapte aux évolutions de celles-ci.
Tracy Chevalier nous offre un roman historique riche, foisonnant et passionnant. Elle nous dessine le portrait de Venise et de ses îles voisines sur presque 500 ans à travers le destin d’une famille ordinaire. Elle nous décrit ce que c’est qu’un chef-d’œuvre de verre, les passions et les frustrations qui animent un artisan. Enfin, à travers une construction narrative qui se joue du temps, elle nous montre subtilement à quel point il fut difficile et long pour une femme de s’imposer dans un art et d’avoir la reconnaissance de ses pairs.
Un roman envoûtant richement documenté.

Conseillé par (Librairie Dialogues)
5 juin 2024

Un roman d'une beauté folle

Un roman d'une beauté folle qui relie deux mondes, ceux de deux poétesses qui ont marqué le paysage littéraire, à savoir : Farough Farrokhzad, une poétesse iranienne, moderne et sulfureuse, née dans les années 30, trop tôt disparue, et Marie de Régnier, une figure littéraire qui a marqué la Belle Époque. Celle-ci était belle et intelligente, gracieuse et authentique, parfois perverse. Elle collectionnait les amants et les amantes, goûtait aux plaisirs sensuelles tout en étant mariée à Henri de Régnier et ayant pour amant et grand amour Pierre Louÿs, un poète essentiellement connu pour ses poèmes érotiques. Marie jouissait d'une liberté acceptée, voire admirée, à l'inverse de Farough qui fut sévèrement jugée par sa famille et la société de son pays.
La rencontre fictive de ces deux écrivaines se fait grâce à un personnage : Cyrus. Il est, dans le roman, le doux amant de Farough qui, pour l'apaiser, l'inspirer, lui raconte la vie de Marie et l'histoire d'amour qu'elle vit avec Pierre Louÿs. Ainsi Farough plonge dans l'univers de la Belle Époque et plus largement dans celui de l'Occident dont les mœurs et coutumes s'opposent à ceux de l'Orient. En effet, l'autrice nous amène d'un continent à un autre à travers le regard de deux poétesses qui ont cela en commun : celui d'être des grandes amoureuses assumées, éprises de liberté, sauvées par les mots et la poésie !

Conseillé par (Librairie Dialogues)
18 mai 2024

Une surprenante immersion dans la campagne anglaise

Une surprenante immersion dans la campagne anglaise à travers une famille en marge de la société. Le roman s'ouvre sur un malheur : dans un cottage, au fin fond de la campagne, Dot, 70 ans, s'effondre subitement sur son sol, laissant seuls ses jumeaux, Julius et Jeanie, qui vivent encore avec elle malgré leurs 51 ans. Ils sont désemparés face à la perte de leur mère qui les a coupés du monde extérieur. Seulement le monde extérieur, on ne peut l'éloigner indéfiniment. Il vous rappelle toujours à lui, avec ses codes et ses lois. Et il va vite devenir effrayant et intrusif dans la vie de Julius et Jeanie. Ils n'ont jamais eu de comptes en banque, ni de loyer à payer. Ils ne connaissent pas le monde de l'administration, ni celui de l'informatique. Pourtant, toutes ces choses qui constituent notre monde moderne, vont paralyser les actions des jumeaux dès l'instant où ils vont devoir déclarer le décès de leur mère et organiser les obsèques. Il s'ensuit un engrenage dans lequel Julius et Jeanie vont être aspirés. Nous les voyons se débattre dans un système inconnu qu'ils vont devoir assimiler. C'est une confrontation violente avec le monde moderne dont la pensée a été adoptée jusque dans les zones rurales. Les jumeaux étaient vraiment en marge. Mais leur marginalité est pleine de ressources et de richesses. Cela fait d'eux de magnifiques personnages qu'on a à cœur de voir évoluer et réussir. En particulier Jeanie qui nous offre un beau personnage féminin, naïf et tenace.

Conseillé par (Librairie Dialogues)
18 mai 2024

Un très bon roman de montagne

Ce roman s'inspire d'un fait divers tragique, à savoir la disparition d'un couple à 3000 mètres d'altitude en août 42. Ils habitaient un village de la vallée en Suisse. Ils étaient amoureux et avaient quatre enfants. On les jalousait un peu car ils avaient une famille aimante et des professions respectables. Elle était institutrice et lui était cordonnier. Il émanait d'eux une chaleur rare au cœur de ses villages souvent ternis par la consanguinité et les habitudes étroites. Puis ce fut le drame.
Lui, Joseph aimait aller seul dans un chalet d'alpage. Pour s'y rendre, il fallait compter une demi-journée de marche et traverser un glacier. Un exercice exigeant qu'il pratiquait avec une forme de sérénité jusqu'au jour où Louise, sa femme, a exigé de l'accompagner afin de partager au moins une fois avec lui l'expérience de la montagne. La demande est insensée car Louise n'a jamais pratiqué la marche en haute montagne. Était-ce pour assouvir un désir d'aventure ? Se montrer à l'égal de son mari ? Ou atténuer une inquiétude qui s'est logée en elle à l'approche de cette énième traversée ? Ce sont certainement toutes ces émotions à la fois qui l'ont conduites à faire ce choix. Le couple ne reviendra jamais de son expédition en montagne, laissant quatre orphelins dont les destins seront à tout jamais brisés. Quant à leur corps, ils ont été retrouvés 75 ans après, le 13 juillet 2017, enlacés l'un à l'autre.
L'histoire est poignante et remarquablement racontée. L'auteur retranscrit très bien l'atmosphère de ces vallées suisses, l'émerveillement face à la splendeur de la montagne et l'inquiétude grimpante que provoque le glacier, un monstre endormi. C'est immersif. Un très bon roman de montagne qui questionne le pouvoir des hautes cimes.

20,00
Conseillé par (Librairie Dialogues)
18 mai 2024

Un roman édifiant !

Ce roman nous raconte un fait historique méconnu : le départ en 1853 de jeunes Galiciens pour Cuba. Afin d'échapper à la famine et à la misère, ils acceptent de partir travailler dans les plantations de cannes à sucre à l'autre bout du continent. On leur promet un avenir prospère, mais à leur arrivée sur l'île, ils sont traités comme des esclaves. Dès l'embarcation sur le bateau, ils sont maltraités. Entassés les uns sur les autres, ils ont tous le mal de mer. Ça suinte, ça vomit, ça attrape des maladies. En de courts chapitres, écrit comme un souffle, l'autrice nous décrit les conditions de vie de plus en plus désastreuses de ces jeunes Galiciens à mesure que le voyage avance. À l'image de Belezi, avec son roman Attaquer la terre et le soleil, nous parcourons un pan tragique et violent de l'Histoire par le biais d'une langue et d'un style littéraire poétique. Un contraste qui permet au récit d'être saisissant et remuant. Un roman édifiant capable de vous marquer durablement.