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  • par (Nouvelle librairie Sétoise)
    24 avril 2020

    Un très beau récit

    Le temps passe, les souvenirs d'enfance restent et marquent à tout jamais notre façon d'appréhender la vie. Lu par Agnès.


  • par (Librairie La Buissonnière)
    7 avril 2020

    Une enfance contée

    Deux longs contes qui autorisent une relation de confiance et de confidence entre l'auteur et son lecteur. Évocation lente et douce de ses origines bretonnes, des vacances de jeunesse passées en Bretagne loin des flux et des flots touristiques, dans cette terre du bout du monde encore intacte, profondément humble, solidaire et rurale. C'est aussi la narration d'une petite enfance meurtrie par la guerre à Nice, la découverte d'une violence inouïe, de la cruauté des hommes et l'apprentissage des privations et de la faim tenace et insupportable. Si le ton paisible et sage de Jean-Marie Gustave Le Clézio enveloppe le lecteur en apparence, la vérité claque aussi au détour des phrases, réveillant le lecteur et le détournant soudainement de son confort ambiant. À lire et à relire.


  • par (Librairie Ravy)
    7 avril 2020

    Dans ce récit très émouvant, JMG Le Clezio se souvient de son enfance et des étés passés à Sainte Marine. Les jeux avec les gamins du village, les fêtes, la pauvreté aussi. Il raconte cette Bretagne qui aujourd’hui n’est plus la même et c’est tant mieux, sans regrets, sans embellir les souvenirs mais en gardant son regard d’enfant et la magie qui l’accompagne. Un vrai bonheur de retrouver l’écriture ciselée de ce grand auteur français.
    Valérie


  • par (Librairie La Grande Ourse)
    31 mars 2020

    Une prose poétique et bienveillante

    Avec « Chanson Bretonne », Le Clézio recherche les sensations de son enfance. Celles qui font du bien, du mal, et celles qui construisent un adulte. La douceur des mots pour se souvenir d’évènements tendres ou violents.

    Toute l’oeuvre de Le Clézio tourne autour de sa géographie personnelle, de son itinérance au cours d’une vie marquée par le voyage. Rodrigues, Mexique, Nigeria, Maurice, Tanger et tant d’autres. Le bientôt octogénaire, l’âge venant, complète sa carte du monde en revenant sur deux lieux de ses origines, ceux d’avant l’âge de 7 ans: la Bretagne et Nice avec sa proche vallée de la Vésubie. Ces deux lieux inspirants, que l’on a déjà rencontrés dans ses textes, il les raconte sous la forme de ce qu’il appelle « les contes ». « Contes » c’est à la fois le travail de l’imaginaire, du fantastique, de la découverte, de la peur. De l’émotion. C’est cela que l’écrivain va s’attacher à décrire dans son ouvrage, cette émotion qui bouleverse le corps et le coeur, cette émotion originelle d’un enfant, faite de petits évènements, qui va le suivre toute sa vie.

    « J’ai trois ans. Est ce qu’on peut mettre des mots sur ce qu’on ressent à cet âge? Sans doute pas de mots, sauf ceux-ci: c’est la première fois ».

    Alors les faits, il les pose là, comme cadre, mais ils n’ont guère d’importance, ils ne sont qu’un support. « Je me méfie des livres de souvenirs. Ils donnent souvent un mélange confus, contradictoire, une sorte de soupe originelle (…) ». Un jour à Nice, il fait sa toilette quand explose une bombe dans la cour de l’immeuble. Une bombe probablement canadienne puisque c’est cela que raconte l’Histoire. Alors il écrit une « bombe canadienne » et n’en parlons plus. L’essentiel est ailleurs, dans cette explosion, cette sensation, cette peur qui depuis l’habite encore, plus de soixante dix ans après. Et dont il narre merveilleusement l’impact physique et psychologique, présent encore aujourd’hui, comme des traits préhistoriques gravés sur un menhir.

    Au long de ses réminiscences c’est d’abord la Bretagne que Le Clézio retrouve. Une Bretagne, qui elle ne le sait pas encore, vit les derniers mois d’un monde ancien, millénaire, celui du parler breton, du bocage, des récoltes à la main, des églises pleines d’enfants et de femmes aux hautes coiffes. C’est la Bretagne de Sainte Marine, celle qui donna son nom au Prix Nobel puisque son patronyme Le Clézio provient du mot « Cleuziou », qui signifie en breton : talus. Ces talus qui vont disparaitre justement au profit d’une agriculture intensive. Bien qu’il s’en défende, l’écrivain fait poindre beaucoup de nostalgie sous sa plume, exprimant l’air de rien la petite musique de « c’était mieux avant ». On le préfère quand il revient à son projet initial, retrouver ses sensations, comme celle que lui procure un poulpe, dont chaque jour, il recherche la caresse insidieuse dans l’eau glacée de la mer. On l’aime plus encore, quand il trouve les mots pour décrire la force de ses vagues qui déferlent dans les anses et criques, ou quand il évoque la musique d’un biniou « là, un soir, dans la lande, dans le vent et la pluie, loin des maisons pour ne pas faire aboyer les chiens, tout ce qu’on a cru disparu reviendra ».

    C’est dans son enfance pendant la guerre à Nice et dans l’arrière pays, que le projet initial d’écriture trouve sa plus grande force quand il révèle que ses premières années furent « une peur sans visage, sans nom, sans histoire » et que «les enfants ne savent pas ce qu'est la guerre ». Les souvenirs ne sont plus l’occasion d’évoquer une arcadie oubliée mais plutôt la fragmentation que peut provoquer un monde en guerre et dont un enfant peut penser qu’il s’agit de la norme. Où est la normalité quand un adolescent, voisin et ami, explose avec une bombe qu’il transportait? Quel lien avec la recherche des vipères qui glissent dans le champ même du drame?

    La Bretagne des vacances est l’enfance de l’insouciance, des odeurs, du plaisir, celle de la Cote d’Azur est la période des manques, des restrictions, de cette faim, qui attaque le corps mais aussi l’esprit. Ces deux contes se rencontrent, se télescopent parfois, mais nous rappellent que l’adulte est le fruit de ses terreurs et joies d’enfance. Une évidence parfois oubliée et que Le Clézio nous rappelle avec sa prose poétique et bienveillante.

    Eric