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Julien H.

Prendre les loups pour des chiens
par (Fontaine Victor Hugo)
11 janvier 2017

Condamné après un braquage, Franck n'a pas balancé son frère et complice. A sa libération, il rêve de retrouver son frangin et la rondelette somme que Fabien a emporté, lui qui a échappé aux flics. Mais le frérot est en Espagne et c'est sa copine Jessica qui vient le chercher. Dès lors, rien ne se passera comme prévu.

Après Gagner la guerre, Hervé Le Corre signe à nouveau un bijou du roman noir français, celui de la survie par les petits trafics, de la désillusion comme seul horizon, de l'impossibilité d'en sortir. Noir c'est noir.

L'Homme au lion
par (Fontaine Victor Hugo)
4 janvier 2017

Quoique différents, Stan et Mark étaient amis d'enfance. Comme tant d'autres, ils ont été séparées par les aléas de la vie. Lorsque Stan apprend l'hospitalisation de Mark, bénévole dans un zoo, molesté par un lion dont il avait la garde, il accepte néanmoins d'aller chercher ses affaires puis de reprendre la place laissée vacante...

Très bien construit, ce roman diffuse une menace latente sur les deux temporalités qu'il explore. Dans le passé, qui se révèle à nous progressivement via des flashbacks, il apparaît clairement qu'un drame est à l'origine de la rupture entre les deux amis. De la même manière, alors que Stan prend le relais de Mark en tant que bénévole de la maison du Lion, l'attrait du monde sauvage semble chargé de menaces...

Même s'il questionne la relation entre Nature et Culture et la crise environnementale, L'Homme au lion est d'abord un très beau roman sur la culpabilité et l'amitié.

La disparition de Jim Sullivan
par (Fontaine Victor Hugo)
3 janvier 2017

La disparition de Jim Sullivan est un remarquable livre dans lequel Tanguy Viel, auteur et narrateur, feint d'écrire un roman "américain". Car en effet, ce roman a des allures de synopsis, le narrateur racontant le roman qu'il écrirait s'il voulait écrire un roman américain.

Par exemple :
"C’est la première scène de mon livre, un type arrêté dans une voiture blanche, moteur coupé dans le froid de l’hiver, où se dessinent doucement les attributs de sa vie : une bouteille de Whisky sur le siège passager, des cigarettes en pagaille dans le cendrier plein, différents magazines sur la banquette arrière (une revue de pêche bien sûr, une de base-ball bien sûr), dans le coffre un exemplaire de "Walden" et puis une crosse de hockey.
Assis là au volant de sa vieille Dodge, il regarde fixement les fenêtres éclairées d'une maison dont on peut lire sur la boîte aux lettres le nom de Fraser..."

L'ensemble du roman est écrit de la sorte, c'est ludique et on ne peut s'empêcher de sourire en repensant à telle scène d'un livre ou d'un film américain. C'est que la langue est ici visuelle, très cinématographique. Tanguy Viel convoque ainsi tous les attendus du genre et donne à son récit une très forte impression de déjà-vu. C'est brillant, ludique et singulier et on en retire beaucoup un grand plaisir de lecture. Du très bon, en somme.

LES DEUX BOUTS

Calet Henri

Héros-Limite

Neuf 18,00
Occasion 18,00
par (Fontaine Victor Hugo)
26 décembre 2016

Henri Calet était journaliste, notamment à Combat. Après-guerre, pour le Parisien Libéré, il a produit plusieurs portraits consacrés au petit Peuple de Paris, à ces hommes et femmes des classes populaires que l'on rencontre "près des bouches de métro, sur les escaliers des gares, aux marchés, dans les stades, aux carrefours, aux portes d'usine, sur les plates-formes des autobus, dans les trains de grande et de petite banlieue." Ces chroniques sont réunies dans le recueil Les deux bouts, dont le titre dit bien le thème principal.

Ce qui frappe d'emblée c'est sans conteste la bienveillance et l'humanité dont Henri Calet fait preuve. Avec une langue économe, allant au plus juste, il s'abstient de tout jugement, refuse la caricature ou le cynisme, évoque les métiers, les joies et les peines de ses sujets avec beaucoup d'empathie. Et c'est sans doute pour cela que le recueil est si émouvant.
Lire ces chroniques aujourd'hui c'est s'exposer à une double nostalgie : nostalgie d'un Paris populaire qui n'existe (presque) plus et nostalgie d'une presse qui savait encore parler des gens d'en bas avec bienveillance.

Une histoire naturelle des dragons, Mémoires, par Lady Trent, T1

Mémoires, par Lady Trent, T1

1

Marie Brennan

Atalante

21,90
par (Fontaine Victor Hugo)
26 décembre 2016

Lady Trent a le bénéfice des personnes âgées : elle peut écrire ce qu'elle veut en se moquant des convenances, et elle ne s'en prive pas dans le premier volume de ses mémoires. Il est donc ici question de son enfance, de sa découverte des dragons (via les lucions, animaux relativement fréquents dans les campagnes mais suffisamment proches des insectes pour que l'on se soit mépris à leur égard pendant des décennies), de son adolescence, années grises où il fallait donner le change et répondre aux attendus de son genre et de sa classe jusqu'à sa première expédition naturaliste sur la piste des dragons.
Au croisement du roman victorien et de la fantasy, Une Histoire naturelle des dragons de Marie Brennan procure un double plaisir : d'abord celui d'un personnage haut en couleur, Lady Trent, femme de caractère qui doit s'élever contre sa classe pour s'affirmer et vivre sa passion et, ensuite, celui d'une fantasy, qui sans être dépourvue d'action, met plus en avant l'impact des activités humaines (la contrebande, par exemple) sur le comportement des dragons.
On l'aura compris, les aventures de Lady Trent font souffler un vent de fraicheur sur une fantasy parfois très codifiée. Le deuxième volume est déjà disponible tandis que le troisième est annoncé pour le printemps 2017.