Jean T.

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Nomadland
22,00
par (Le Pain des Rêves)
24 novembre 2019

(...) Le récit de Jessica Bruder est composé des rencontres de nombreux travailleurs nomades dont elle fait le portrait, de photos, de citations, d’extraits d’ouvrages toujours sourcés. Elle raconte leur capacité à relativiser et à s’adapter, leur débrouillardise, leur solidarité, et aussi leur liberté qui est sans doute leur seul luxe. Elle raconte leur précarité, la dureté du travail, les nuits dans les entrepôts d’Amazon. Elle fait apparaître les invisibles de l’économie capitaliste, qui se mêlent à la foule des acteurs visibles. Elle montre comment se craquèle le peuple américain et dans quelle démesure il vit.
A la fin de cette lecture, on est partagé entre l’admiration pour l’enquête de l’auteure, et surtout pour le courage de tous ces "workampers" et la tristesse, voire même la colère qu’ils soient ainsi traités comme des esclaves..

En nous permettant de découvrir cette face cachée de l’économie américaine, avec son livre, Jessica Bruder fait un bel hommage à ces américains qui sont contraints de vivre dans des vans pour survivre.

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La Panthère des neiges
par (Le Pain des Rêves)
23 novembre 2019

Sylvain Tesson est reparti en vadrouille avec quelques amis : le photographe Vincent Munier et Marie, son amoureuse, Léo, l’aide de camp de Munier. Cette fois, il part vers les confins du Tibet. On ne sait pas précisément où, seulement que "On rejoindra l'axe routier Golmud-Lhassa, on gagnera le bourg de Budong Qan, le long de la voie ferrée et ensuite, on foncera vers l'ouest au pied des Kunlun jusqu'à la vallée des yacks". Insuffisant pour les braconniers qui n’iront pas décimer les cinq à six mille panthères des neiges. Suffisant pour qu’on sache qu’ils vont aller sur les plateaux, à quatre ou cinq mille mètres d’altitude, en plein hiver.
À ces hauteurs enneigées, par des températures qui peuvent descendre en-dessous de -30°, l’énergique et impatient Tesson se calme. Avec Munier, il apprend à ne pas bouger, à attendre, à regarder le monde autrement "j'ai appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s'asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille". D’autant que la panthère ne se montre que rarement – trois fois, tout de même - et que le temps d’attente constitue la majeure partie de son récit.
Le récit est à la fois un récit d’aventure, une quête spirituelle et un plaidoyer écologique, "La panthère m'a évidemment appris que le monde était beau, que le monde était en sursis et que le monde était menacé". A sa façon, il nous dit d’en prendre soin, car "Nous avons un comportement d'enfants gâtés devant un trésor".
On peut être agacé par ses réflexions philosophiques, ses attaques conte la modernité, contre le progrès, il reste ce voyage, ce superbe récit, cet ailleurs sauvage dont on pouvait ne pas même soupçonner l’existence, les photos de Munier, superbes, dont on ne saura pas comment il a pu les prendre, ce "coin du voile" soulevé "pour contempler l’errance des princes de la Terre".

Propriété privée
par (Le Pain des Rêves)
23 novembre 2019

Un couple très motivé, les Caradec, emménage dans un écoquartier pour habiter la maison de leurs rêves. Ils en ont prévu tous les détails, choisi avec soin des matériaux durables, voulu qu’elle soit économe en énergie. Ils se sont éloignés de la ville pour habiter un peu à l’extérieur d’une petite commune, à côté de voisins qui leur ressemblent.
Sauf que… l’arrivée des Lecoq, leurs voisins trop proches, va leur gâcher la vue et la vie.
Ils n’ont pourtant pas lésiné sur le prix, ils ont voulu "le plus beau et le plus cher", ils ont soigneusement choisi l’endroit et lorsqu’ils sont entrés dans leur logement, elle a "pensé qu’il y avait matière à être heureux, aucune raison
de ne pas l’être".
Qu’est-ce qui a manqué, alors ? Ils ont ont acheté sur plans, n’ont pas évalué la proximité des voisins -qui peuvent avoir d’autres façons de vivre, ont ignoré qu’ils allaient vivre dans un lotissement qui serait un petit village où tout se sait, où la vie privée deviendrait relative...
Et si ces cinquantenaires sans enfants forment un couple solide, il y a tout de même une distance entre "elle", la femme active qui travaille dans "le réaménagement urbain" et son époux, Charles, qui souffre de troubles psychiques handicapants au plan social. Décalage qui complique leur insertion dans un quartier où la vie va rapidement devenir "Rock'n Roll"
Avec une écriture sobre et sèche, Julia Deck se livre à une cynique mise à jour de la comédie sociale, posant un regard affûté qui ne rate aucun de ces petits détails qui peuvent ruiner la vie : les services entre voisins et le sans-gêne, une confidence faite à la voisine qui l’ébruite, un apéro auquel ils ne sont pas invités, des paroles malencontreusement entendues, une malfaçon dans un équipement innovant qui n’affecte qu’une partie du quartier… Le roman est fait des propos de la narratrice dont on voit que l’interprétation qu’elle en fait ne va cesser d’aggraver le malaise du couple, jusqu’à ce Charles tue le chat, et jusqu’à l’inévitable explosion de la violence.
C’est grinçant, bien vu, tellement bien vu qu’on en vient à ressentir soi-même leur malaise...

TOUT QUITTER
18,00
par (Le Pain des Rêves)
21 novembre 2019

Un roman en quatre parties – automne, hiver, printemps été – comme un cycle de saisons qui ressemble à la vie de l’auteure. Un jour, elle s’est sentie lassée de sa vie, elle a "acheté un Berlingo (…) mis quelques cartons dans le coffre et [elle est] partie. J’ai pris la route comme ça". Elle est descendue dans les Landes, au bord d’une plage de surfeurs, La Sud.
La narratrice – Anaïs Vanel très certainement – a quitté la ville où elle travaillait, ses amis, son confort pour aller vers autre chose. Enfant adoptée, elle est partie vers la plage de son enfance, comme pour réviser sa vie, en revivre les étapes pour la consolider, se ressaisir, trouver son socle.
Dans de courts chapitres, elle relate son aventure, ses pensées intimes, ses ressentis, des propos parfois banaux. Il n’y a pas d’intrigue dans ce journal intime. On suit l’évolution d’une jeune femme, au rythme de ses hauts et ses bas.
Ce texte est classique dans l’idée qu’il faut tout quitter pour trouver sa voie, la voie du bonheur. Ce n’est certes pas une solution pour tout le monde, mais ça l’a été pour Anaïs Vanel, et cela transparaît dans son roman qui la montre pacifiée et heureuse, décidée à vivre de petits bonheurs.
L’écriture est sensible et sereine, un peu introspective. On regrettera que la couverture évoque plutôt les vacances qu’un nouveau départ dans la vie.

Perdre la Terre
par (Le Pain des Rêves)
10 novembre 2019

"À peu près tout ce que nous comprenons du réchauffement climatique à l’heure actuelle était déjà compris en 1979. Et peut-être même mieux compris". Déjà, on connaissait l’effet de serre dont on trouvait l’explication dans tous les manuels de biologie. En 1979, un directeur d’ONG, Rafe Pomerance, découvrait dans un rapport consacré au charbon, , que "si l’on continuait de recourir aux combustibles fossiles, cela risquait, d’ici deux ou trois décennies, de provoquer des changements “significatifs et néfastes” de l’atmosphère terrestre". Donc, on savait. Mais si on savait, pourquoi n’en parlait-on pas ? Pourquoi continuait-on à utiliser de l’énergie fossile ?
Ce qu’explique Nathaniel Rich dans ce livre, c’est d’abord comment des scientifique en était arrivés à cette conclusion du rapport, que la température du globe allait augmenter de plusieurs degrés, que le niveau des océans allait monter, etc. Il explique ensuite comment et pourquoi, alors qu’en 1979, les grandes puissance étaient prêtes à imposer une réduction des émissions de carbone, l’industrie des combustibles fossiles n’a cessé de faire du lobbying pour contrecarrer les projets de lois liés au changement climatique, a pratiqué la corruption de certains scientifiques, a mené des campagnes de communication pour nier la réalité et fausser le débat politique.
L’enquête de Nathaniel Rich nous emmène dans les réunions, les congrès. Il nous montre l’inaction des hommes politiques américains, leur inculture scientifique. Il nous fait voir comment des présidents américains ont privilégié les intérêts économiques sur ceux de tous les humains. Pour lui, l’occasion plus manquée que toute autre est la conférence de Noordwijk qui s’est tenue en 1989 aux Pays-Bas. Les ministres de l’Environnement de plus d’une soixantaine de pays devait s’entendre sur un accord qui gèlerait les les émissions de carbone pour les dix ans à venir. C’était sans compter sur le conseiller scientifique de Bush qui torpilla la négociation, car il ne fallait pas mettre en cause la suprématie économique des Etats-Unis et de ses entreprises. Le puissant lobby des industries fossiles américaines avait gagné. L’échec de cette négociation continue de peser sur toute la lutte contre le réchauffement climatique.
L’essai de Nathaniel Rich est un récit fortement documenté, qu’il agence avec art pour le rendre aisé et intéressant à lire par des galeries de portraits, des détails, des références historiques. Mais c’est un récit de journaliste des faits divers qui ne délivre pas le contenu des réunions, ni d’explications scientifiques pour soutenir son propos. Il limite son champ d’analyses aux États-Unis, on n’y trouve pas cités les scientifiques, écologistes et climatologues français ou d’autres pays.
Centré sur les États-Unis, l’ouvrage ne dispense pas d’autres lectures scientifiques, géopolitiques et de mises à jour