Jean T.

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Noir canicule
par (Le Pain des Rêves)
28 mai 2020

Lily accompagne un couple de vieux paysans, Marie et Henri, pour un long voyage depuis leur ferme dans les environs de Roanne, jusqu’à Cannes. Eux qui ne sont jamais partis de chez eux, qui semblent vivre à l’écart du monde moderne vont à un rendez-vous qui leur ressemble, ultime espoir d’une fin de vie sereine pour Henri. Ils ouvrent des grands yeux sur le monde agité qui défile devant eux. Ils ont exigé un taxi climatisé, car on est en 2003 et c’est la canicule. Pendant le voyage, les personnages se dévoilent. On apprend de leurs histoires. Lily songe à son mari parti, peut-être définitivement, en voir une autre plus jeune, à l’amour qu’elle a toujours pour lui, à leurs jeux érotiques risqués. Elle s’inquiète pour leur fille, Jessica, qui en pince pour un garçon riche, prétentieux, très imbu de sa personne. Marie et Henri pensent à leurs garçons, à celui qui a réussi comme viticulteur, estiment-ils, à Bernard qui prendra la suite à la ferme et qu’ils ne trouvent pas très malin. Savent-ils qu’en leur absence, il a fait venir sa maîtresse à la ferme ? On découvre encore d’autres personnages, le couple de Pierre et Danielle, leurs enfants, Livia et Nicolas qui est l’ex de Lily... car ce n’est pas parce qu’on passe presque toute la journée en taxi que le roman est un huis-clos !
Bien sûr, on comprend assez vite que Lily cache quelque chose, mais quoi ? Ou qui ? Pourquoi ? Et comment ? On attendra les dernières pages pour résoudre l’énigme et apprécier la noirceur immorale de cette histoire.
le roman fonctionne par dévoilements successifs qui piègent le lecteur qui ne peut lâcher le livre, car il veut savoir la fin de l’histoire de chacun, il imagine une possible issue aux pistes maigrelettes qu’indique l’auteur.
La plume de Christian Chavassieux a du style, un vocabulaire simple, des mots choisis, une précision cinématographique. Son monde est voué à la mort, fatalement, ce que vivent les personnages qui n’ont plus le contrôle de leurs vies, qui tentent de faire face à la maladie, aux hasards malencontreux, pour garder un peu d’espoir, de santé, de bonheur, mais à quel prix !

Des saisons adolescentes,  récits
par (Le Pain des Rêves)
14 mai 2020

Dans un lycée aux alentours de Lyon, après un cours sur la question du temps, un professeur de philosophie demande à ses élèves de venir en classe le lendemain avec "leurs plus beaux papiers".
Le lendemain, après leur avoir raconté "l’histoire de ce jeune garçon qui perd la mémoire", il leur demande "d’écrire sur leurs plus beaux papiers le souvenir qu’ils souhaiteraient conserver".
Alors les trente-cinq élèves mettent par écrit le souvenir d’un amitié ou d’un amour, d’un parent ou grand-parent, de vacances au bord de la mer, des soirées d’été pleines d’excitation, de maisons que l’on vide avant de les quitter. Ce sont des souvenirs de premier émoi, de premier amour, de baisers, de passions, de pertes, de deuils, de nostalgies. Ce sont aussi de très sensibles descriptions de la nature.
Trente-cinq beaux textes de filles ou garçons – on ne le sait qu’en cours de lecture- qui, en soixante quinze pages, dressent un émouvant portrait, tout en délicatesse, de l’adolescence.

Réparons le monde , humains, animaux, nature

humains, animaux, nature

Rivages

8,80
par (Le Pain des Rêves)
10 mai 2020

L’ouvrage est un recueil de "textes, qui font le lien entre l’écologie, la justice sociale, la cause animale, la démocratie et les traits moraux qu’il importe d’acquérir pour œuvrer ensemble à la promotion d’un autre modèle de développement, invitent chacun à avoir cette attitude, à la fois modeste et responsable, qui consiste à réparer le monde, et à s’y prendre avec générosité et considération".[présentation].

Parler de réparer le monde "n’implique pas que, pour reconstruire ce qui a été détruit, nous cherchions à rétablir une unité soi-disant originaire", ce n’est pas "recoller les morceaux". Non, "Parler de réparation suggère que le monde est abîmé", qu’il est en désordre, qu’il n’a plus de sens. Réparer le monde, c’est rechercher quels changements sont nécessaires pour échapper à l’effondrement et au chaos, c’est "préparer l’avenir", savoir "comment réorienter l’économie, faire évoluer les modes de production et de consommation, réorganiser le travail et les échanges, et accompagner les changements culturels".
Corine Pelluchon veut repenser notre place dans la nature et parmi les autres, humains et non-humains, pour prendre "conscience de partager la Terre avec les autres vivants et d’avoir une communauté de destin avec les animaux qui, comme nous, sont vulnérables". Considérant que les politiques néolibérales ne peuvent conduire à opérer la transition écologique et creusent les inégalités, que "nous avons peu à peu perdu le sens de ce qui nous reliait aux autres. Nous avons laissé le profit régner en maître, acceptant la subordination de toutes les sphères d’existence au profit. De même, nous avons accepté un modèle de développement qui ne reconnaît pas les limites planétaires et ne recule ni devant le saccage des ressources de la Terre et la violence envers les animaux ni devant la déshumanisation de la société et la perte de sens du travail", elle réfléchit à l’invention d’un autre humanisme et d’un autre contrat social, de l’instauration d’une justice qui fasse droit à tout humain et non-humain.
La philosophe fait une grande part à la cause animale, démontrant qu’il y a un lien entre les violences faites aux animaux et les multiples violences que s’infligent les humains. Que les animaux soient des sujets qui ont des intérêts, qui s’expriment, qui souffrent oblige à leur accorder une considération morale et à leur conférer des droits. La cause des animaux est aussi la cause de l’humanité, car la violence faite aux animaux prédispose les humains à exclure et asservir les minorités humaines.
Les Lumières ont créé le concept d’individu que nous avons laissé se pervertir, perdant la notion de ce qui nous relie les uns aux autres, nous rend dépendants. Gagnant les libertés individuelles, nous avons subordonné toutes les sphères de nos existences au profit, saccagé les ressources de la Terre, perdu le sens du travail, négligé les limites planétaires, et nous nous découvrons seuls et fragiles. Il s’agit de continuer l’œuvre civilisationnelle des Lumières, de prendre en compte dans notre considération morale et dans nos politiques publiques, le bien commun des humains et des non-humains, d’avoir conscience de notre vulnérabilité.
Prenant conscience de notre appartenance au monde, nous modifions notre regard, nous opérons une "transformation de soi qui touche la raison, la sensibilité et le rapport au corps", fondant la considération qui, humblement, rend "capable de reconnaître la valeur propre de chaque être et de lui faire une place dans ma vie".
Disciple de Lévinas, Corine Pelluchon sait "qu’autrui m’enseigne", que je ne peux fuir ma responsabilité et laisser d’autres répondre à ses besoins. Que "lorsque je suis indifférent à sa misère et ne réponds pas à son appel, je dis aussi qui je suis".
Une politique de la considération, liée à l’affirmation de la valeur propre de chaque personne, vouée à la préservation d’un monde commun, exige la sortie de l’économisme, d’un contrat social qui tolère d’user et d’abuser de ce qui est bon pour soir, elle suppose "l’amour du monde".

Réparons le monde, Humains, animaux, nature

Humains, animaux, nature

Corine Pelluchon

Éditions Rivages

6,99
par (Le Pain des Rêves)
10 mai 2020

L’ouvrage est un recueil de "textes, qui font le lien entre l’écologie, la justice sociale, la cause animale, la démocratie et les traits moraux qu’il importe d’acquérir pour œuvrer ensemble à la promotion d’un autre modèle de développement, invitent chacun à avoir cette attitude, à la fois modeste et responsable, qui consiste à réparer le monde, et à s’y prendre avec générosité et considération".[présentation]. Parler de réparer le monde "n’implique pas que, pour reconstruire ce qui a été détruit, nous cherchions à rétablir une unité soi-disant originaire", ce n’est pas "recoller les morceaux". Non, "Parler de réparation suggère que le monde est abîmé", qu’il est en désordre, qu’il n’a plus de sens. Réparer le monde, c’est rechercher quels changements sont nécessaires pour échapper à l’effondrement et au chaos, c’est "préparer l’avenir", savoir "comment réorienter l’économie, faire évoluer les modes de production et de consommation, réorganiser le travail et les échanges, et accompagner les changements culturels". Corinne Pelluchon veut repenser notre place dans la nature et parmi les autres, humains et non-humains, pour prendre "conscience de partager la Terre avec les autres vivants et d’avoir une communauté de destin avec les animaux qui, comme nous, sont vulnérables". Considérant que les politiques néolibérales ne peuvent conduire à opérer la transition écologique et creusent les inégalités, que "nous avons peu à peu perdu le sens de ce qui nous reliait aux autres. Nous avons laissé le profit régner en maître, acceptant la subordination de toutes les sphères d’existence au profit. De même, nous avons accepté un modèle de développement qui ne reconnaît pas les limites planétaires et ne recule ni devant le saccage des ressources de la Terre et la violence envers les animaux ni devant la déshumanisation de la société et la perte de sens du travail", elle réfléchit à l’invention d’un autre humanisme et d’un autre contrat social, de l’instauration d’une justice qui fasse droit à tout humain et non-humain. La philosophe fait une grande part à la cause animale, démontrant qu’il y a un lien entre les violences faites aux animaux et les multiples violences que s’infligent les humains. Que les animaux soient des sujets qui ont des intérêts, qui s’expriment, qui souffrent oblige à leur accorder une considération morale et à leur conférer des droits. La cause des animaux est aussi la cause de l’humanité, car la violence faite aux animaux prédispose les humains à exclure et asservir les minorités humaines. Les Lumières ont créé le concept d’individu que nous avons laissé se pervertir, perdant la notion de ce qui nous relie les uns aux autres, nous rend dépendants. Gagnant les libertés individuelles, nous avons subordonné toutes les sphères de nos existences au profit, saccagé les ressources de la Terre, perdu le sens du travail, négligé les limites planétaires, et nous nous découvrons seuls et fragiles. Il s’agit de continuer l’œuvre civilisationnelle des Lumières, de prendre en compte dans notre considération morale et dans nos politiques publiques, le bien commun des humains et des non-humains, d’avoir conscience de notre vulnérabilité. Prenant conscience de notre appartenance au monde, nous modifions notre regard, nous opérons une "transformation de soi qui touche la raison, la sensibilité et le rapport au corps", fondant la considération qui, humblement, rend "capable de reconnaître la valeur propre de chaque être et de lui faire une place dans ma vie". Disciple de Lévinas, Corinne Pelluchon sait "qu’autrui m’enseigne", que je ne peux fuir ma responsabilité et laisser d’autres répondre à ses besoins. Que "lorsque je suis indifférent à sa misère et ne réponds pas à son appel, je dis aussi qui je suis". Une politique de la considération, liée à l’affirmation de la valeur propre de chaque personne, vouée à la préservation d’un monde commun, exige la sortie de l’économisme, d’un contrat social qui tolère d’user et d’abuser de ce qui est bon pour soir, elle suppose "l’amour du monde".

La Peste écarlate, suivie du Masque de la mort rouge

suivie du Masque de la mort rouge

Jack London

publie.net

1,99
par (Le Pain des Rêves)
27 avril 2020

Jack London est un écrivain prolifique qui n’a pas publié que "L’appel de la forêt" et "Croc-Blanc". En 1912, il publie "La peste écarlate", un récit inspiré de la nouvelle d’Edgar Allan Poe "Le masque de la mort rouge". Dans ce texte, il rapporte la conversation d’un grand-père très âgé avec ses trois petits-enfants, Edwin, Bec-de-Lièvre et Hou-Hou à propos d’un pandémie qui a ravagé la monde soixante ans plus tôt, soit en 2013. Le visage des humains contaminés par un mystérieux virus devenaient "rouge écarlate" et ils mouraient peu après, souvent dans l’heure. Dans la civilisation avancée d’alors, on espère dans la science qui se révèle impuissante à vaincre le "germe". Les gens prennent le route, créant un désordre total, et "emportent le germe avec eux", meurent en route. Derrière eux, les villes flambent. San Francisco, "quatre millions d’habitants" disparaît, tout comme New-York, "dix-sept millions de personnes". La nourriture se met à manquer, l’égoïsme devient la règle, "Tout ordre social, toute loi avaient disparu". C’est le Far-West, pourrait-on dire, "partout régnait le meurtre, le vol, l’ivresse".
Le grand-père qui fut un universitaire enseignant la littérature, raconte la disparition presque instantanée de "dix mille années de culture et de civilisation" à ses trois petits-enfants qui sont illettrés, qui savent à peine compter jusqu’à dix, qui le trouvent "radoteur", "faible d’esprit". Eux qui n’ont jamais vu d’argent, ni d’aéroplanes, ni de cinématographe, ni de télégraphe ne peuvent concevoir ce que leur grand-père leur raconte. S’ils connaissent le mot "rouge", ils ne comprennent pas ce que signifie "écarlate" : "L’écarlate c’est rouge, pourquoi ne pas dire rouge ? Pourquoi vouloir compliquer les choses par des mots que l’on ne comprend pas ?". De même qu les animaux domestiques sont devenus sauvages, les garçons sont des hommes primitifs et développent des capacités à vivre dans un environnement hostile et pauvre.
Jack London raconte qu’avant, "la liberté n’était qu’un mot" pour les pauvres, que "la classe dirigeante possédait la terre et les machines". Les travailleurs n’avaient d’autre choix que travailler pour les dirigeants. Maintenant, les positions sont renversées et comme dit Bec-de-Lièvre, "si quelqu’un menace de me la voler [la nourriture] ou essayer, je le tue !".
Ce monde post-historique sans culture, sans mémoire, sans constructions humaines, dans ce monde d’illettrés, comment les garçons peuvent-ils avoir conscience de leurs pauvretés ? "Hou-Hou s’esclaffa : - Très drôle, grand-père, tu nous parles de choses que l’on ne peut pas voir. Mais alors comment être sûr qu’elles existent ? Voilà ce que j’aimerais savoir. Comment faire pour connaître ce qui est invisible ?" Le grand-père qui a connu le temps d’avant la peste, sait à quel degré de barbarie et de sauvagerie les hommes sont descendus. Il sait qu’il faudra "une centaine de générations" pour que réapparaisse "le monde magnifique et puissant" qu’il a connu. Alors, il collecte des livres "qui contiennent un résumé de la sagesse humaine", il les stocke dans une grotte avec un "alphabet, avec clef explicative" en espérant qu’un jour, "les hommes réapprendront à lire".
Dans le contexte actuelle de ce premier semestre de l’année 2020, "La peste écarlate" doit être un encouragement à agir sans attendre pour garder vivante notre histoire, sauvegarder nos valeurs et préserver l’humanité.